MGR DELASSUS

LA CONJURATION ANTICHRETIENNE, le Temple Maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Eglise Catholique, fin du chapitre LXIV et chapitre LXV.

Durant l’octave de la fête de saint Jean l’Evangéliste en cette année 1820 où la Haute-Vente était en pleine activité, la Vénérable eut des visions touchant l’Eglise et les assauts qui allaient lui être livrés. « Je vis, dit-elle, la Basilique Saint-Pierre (figurant, comme nous l’avons déjà observé, l’Eglise romaine, l’Eglise catholique), une énorme quantité d’hommes travaillant à la renverser ». On sait qu’au commencement du XIIIe siècle, Innocent III eut une vision symbolique toute semblable. Les murailles de la basilique de Latran, mère et maîtresse de toutes les églises, lui paraissaient s’entr’ouvrir. Saint Dominique et saint François vinrent la soutenir. Catherine Emmerich dira plus tard qu’elle vit aussi à côté des démolisseurs d’autres hommes occupés à faire à l’Eglise de Saint-Pierre des réparations. Ici elle ajoute :

« Des lignes de manœuvres occupés au travail de destruction s’étendaient à travers le monde entier, et je fus étonné de l’ensemble avec lequel tout se faisait. Les démolisseurs détachaient de l’édifice de gros morceaux. Ces sectaires sont en grand nombre et parmi eux il y a des apostats. En faisant leur travail de démolition, ils semblaient suivre certaines prescriptions et certaines règles. Ils portent des tabliers blancs, bordés d’un ruban bleu et garni de poches. Ils ont des truelles fichées dans leur ceinture. Ils ont d’ailleurs des vêtements de toute espèce. Il se trouve parmi eux des personnages distingués entre les autres, grands et gros[1], avec des uniformes et des croix, lesquels toutefois ne mettaient pas eux-mêmes la main à l’œuvre, mais ils marquaient sur les murs de l’église, avec la truelle, ce qu’il fallait démolir. Je vis avec horreur qu’il y avait aussi parmi eux des prêtres catholiques. (Elle dit un autre jour qu’elle saisissait sur les lèvres de ces ecclésiastiques les grands mots maçonniques, lumière, science, justice, amour). Souvent, quand les démolisseurs ne savaient pas bien comment s’y prendre, ils s’approchaient, pour s’en instruire, d’un des leurs, qui avait un grand livre où avait été tracé tout le plan à suivre pour les destructions, et celui-ci marquait exactement, avec la truelle, le point qui devait être attaqué ; et bientôt un quartier de plus tombait sous leur marteau. L’opération allait tranquillement son train et marchait à coup sûr, mais sans éveiller l’attention et sans bruit, les démolisseurs ayant l’œil au guet [2]».

Le lecteur ne doit pas perdre de vue que ceci fut écrit par Clément Brentano en 1820 sous la dictée de Catherine Emmerich. Pouvait-on mieux décrire ce que personne ne soupçonnait alors ? Etait-il possible de mieux voir et de mieux dire par qui et comment la guerre contre l’Eglise serait conduite ? Nous voyons aujourd’hui qu’un plan de destruction a été tracé à l’avance avec une sagesse diabolique. Nous voyons que les ouvriers chargés de l’exécution, sont répartis sur toutes les contrées du monde, que les rôles ont été distribués et que chacun a reçu signification de la besogne qui lui incombe. Ils piochent à la place qui leur est marquée ; ils s’arrêtent quand les circonstances le demandent pour reprendre ensuite le travail avec une nouvelle ardeur. Dans tous les pays catholiques, l’assaut est mené simultanément ou successivement :

contre la situation que le clergé séculier occupait dans l’Etat et les diverses administrations ;

contre les biens qui lui permettaient de vivre, de rendre à Dieu le culte qui lui est dû, d’enseigner la jeunesse et de soulager la misère ;

contre les ordres religieux et les congrégations.

Pour ce qui est de la France, le plan général de la guerre qui devait être livrée aux catholiques fut déposé sur le bureau de la Chambre des Députés, le 31 mai 1883 par Paul Bert. Dans l’exécution de ce plan, Ferry, Waldeck, Combes, Loubet, Briand, Clemenceau n’ont eu aucune politique personnelle. Ils ont exécuté ce dont le chef mystérieux avait tracé les lignes, allant consulter ses subalternes, les dépositaires de sa pensée, lorsqu’ils étaient hésitants ou entravés. Après les douze premières années de ce travail, l’épiscopat de France put dire : « Le gouvernement de la République a été la personnification d’un programme en opposition absolue avec la foi catholique. » Depuis lors, chaque année est venue abattre une nouvelle partie de l’édifice élevé par nos pères, l’Eglise de France. Catherine Emmerich voyait les Francs-Maçons et leurs aides distribués en diverses équipes ayant chacune une besogne déterminée. C’est ce que nous avons vu Gambetta a été chargé de la déclaration de guerre, Paul Bert a porté la pioche dans l’enseignement, Naquet dans la constitution de la famille, Jules Ferry dans le culte, Thévenet, Constans, Floquet, etc., ont chassé le clergé de toutes ses positions ; Waldeck-Rousseau s’est attaqué aux congrégations religieuses ; Combes, Clemenceau, Briand, ont fait et poursuivi la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Pour les travaux de démolition à l’intérieur de l’Eglise, il y a aussi les ingénieurs qu’il est facile de nommer : l’un s’attaque à l’Ecriture Sainte, l’autre à la théologie, un troisième à la philosophie, celui-ci à l’histoire, celui-là au culte. Il y a surtout des associations internationales chargées, comme nous l’avons vu, de répandre dans le public, et particulièrement dans la jeunesse, l’esprit réfractaire au dogme.

Anne-Catherine, qui voyait ainsi les Francs-Maçons et leurs affidés ou leurs dupes s’acharner à démolir l’Eglise au dedans comme au-dehors, voyait aussi le clergé et les bons fidèles s’efforcer de les entraver dans leur travail et même de relever les ruines déjà faites, mais, dit-elle, « avec peu de zèle. Les défenseurs lui semblaient n’avoir, ni confiance, ni ardeur, ni méthode. Ils travaillaient comme s’ils ignoraient absolument de quoi il s’agissait et combien grave était la situation. C’était déplorable [3]».

Catherine Emmerich n’était point la seule personne à qui Dieu fit voir les menées de la Franc-Maçonnerie, afin de l’engager à combattre la secte par ses prières et ses sacrifices. Il y avait à Rome une pauvre femme, mère de famille, du nom d’Anne-Marie Taïgi, dont le P. Calixte, Trinitaire, a publié une vie, déclarée « conforme aux pièces du procès apostolique ». Le 27 juillet 1909, a eu lieu, chez le cardinal Ferrata, la réunion ante-préparatoire à sa Béatification. Son historien nous dit : « Elle voyait surnaturellement les réunions des Francs-Maçons dans les différentes parties du monde ; elle assistait à leurs conciliabules, elle avait connaissance de leurs plans ; et, à cette vue, elle adressait à Dieu de ferventes prières et de généreuses immolations. Notre-Seigneur lui avait dit : « Je t’ai choisie pour te mettre au rang des martyrs... Ta vie sera un long martyre pour le soutien de la foi ». Elle avait accepté. Et, en plus d’une occasion, Dieu déjoua les projets de la secte, en considération de ses mérites. Ainsi, aux premiers jours du pontificat de Grégoire XVI (1831), une révolte armée ayant son point de départ à Bologne, s’étendit de proche en proche jusqu’aux portes de Rome. L’intention était de mettre la ville éternelle en révolution. Des témoins entendus au procès de Béatification affirmèrent que, dès les premiers jours de cette révolte, Anne-Marie prédit qu’elle échouerait. Elle avait eu l’assistance que son sacrifice était accepté.

L’effort principal des démolisseurs a toujours porté sur la citadelle de la catholicité. Là nous avons vu que le Pouvoir occulte avait établi la Haute-Vente et, à sa tête, l’homme qui se faisait appeler par ses affiliés Nubius. De son côté, Catherine suivait les intrigues à Rome d’un homme puissant. « Je vis, dit-elle un jour, le Pape en prières. Il était entouré de faux amis. Je vis surtout un petit homme noir travailler à la ruine de l’Eglise avec une grande activité. Il s’efforçait de captiver les cardinaux par des adulations hypocrites ». Nos lecteurs se souviennent sans doute que dans sa lettre au Prussien Klauss, Nubius disait « Je passe quelquefois une heure de la matinée chez le vieux cardinal Somaglia, le secrétaire d’Etat ; je monte à cheval, soit avec le duc de Lavai, soit avec le prince Cariati, ou je rencontre souvent le cardinal Bernetti. De là je cours chez le cardinal Palotta ; puis je visite dans leurs cellules le procureur général de l’Inquisition, le dominicain Jabalot, le théatin Ventura ou le franciscain Orioli. Le soir, je commence chez d’autres cette vie si bien occupée aux yeux du monde ». Dans ces visites, dans ces conversations, il ne perdait jamais de vue la mission qu’il avait reçue, le but qu’il voulait atteindre et dont il disait à l’un des siens : « On a chargé nos épaules d’un lourd fardeau, cher Volpa ».

Le 15 novembre 1819, la Vénérable dit : « Il me faut aller à Rome (en esprit comme toujours). Je vis le Pape faire trop de concessions dans d’importantes affaires traitées avec les hétérodoxes. Il y a à Rome un homme noir qui sait beaucoup obtenir par des flatteries et des promesses. Il se cache derrière des cardinaux ; et le Pape, dans le désir d’obtenir une certaine chose, a consenti à une autre chose qui sera exploitée d’une manière nuisible. J’ai vu cela sous la forme de conférences et d’échange d’écrits. Je vis ensuite l’homme noir se vanter plein de jactance devant son parti. « Je l’ai emporté, dit-il, nous allons voir bientôt ce qu’il adviendra de la Pierre sur laquelle est bâtie l’Eglise ». Mais il s’était vanté trop vite. Il me fallut aller trouver le Pape. Il était à genoux et priait. Je lui dis (de la manière qu’elle-même a déjà expliquée), ce que j’étais chargé de lui faire savoir. Et je le vis tout à coup se lever et sonner. Il fit appeler un cardinal qu’il chargea de retirer la concession qui avait été faite. Le cardinal entendant cela, fut tout bouleversé et demanda au Pape d’où lui venait cette pensée. Le Pape répondit qu’il n’avait point à s’expliquer là-dessus. « Cela suffit, dit-il, il en doit être ainsi ». L’autre sortit tout stupéfait.

« Je vis beaucoup de gens pieux qu’attristaient fort les intrigues de l’homme-noir. Il avait l’air d’un Juif.»

Ailleurs elle dit encore de ce même personnage « Le petit homme-noir, que je vois si souvent, a beaucoup de gens qu’il fait travailler pour lui sans qu’ils sachent dans quel but. Il a aussi ses affidés dans LA NOUVELLE EGLISE DES TENEBRES », c’est-à-dire si nous ne nous trompons, dans ce que l’on a appelé le catholicisme libéral, puis la démocratie chrétienne, le naturalisme et enfin le modernisme.

Un autre jour, parlant encore de l’homme-noir, la Vénérable dit : « Je le vis opérer beaucoup de soustractions et de falsifications ». Elle le voyait, ajoute son historien, faire disparaître certaines pièces, en dénaturer d’autres, obtenir la destitution des hommes en place qui le gênaient dans ses desseins. » Elle voyait des conseillers du Pape gagnés par ses séductions, favoriser les menées de la secte. Ils s’efforçaient de soustraire à la connaissance du Pontife les démarches entreprises dans un but hostile à l’Eglise, celui, par exemple, d’unir les croyances catholique, luthérienne et grecque dans une même Eglise, dont le Pape destitué de tout pouvoir séculier, ne serait que le chef apparent. » Nos lecteurs savent que la secte a élargi aujourd’hui ses idées. Ce qu’elle veut maintenant, ce n’est plus seulement la fusion des confessions chrétiennes, c’est la destruction de toutes les barrières, dogmatiques et autres, pour permettre à tous les hommes de se trouver unis en un catholicisme qui, pour les contenir tous, ne professerait plus rien, n’exigerait plus l’adhésion à aucun dogme. « D’un lieu central et ténébreux, disait encore Anne-Catherine (sans doute le lieu où l’homme-noir présidait, où la Haute-Vente délibérait), je vois partir des messagers qui portent en divers lieux des communications. (Nous avons vu dans la correspondance des membres de la Haute-Vente qu’elle avait, par les Juifs qui en faisaient partie, des rapports avec tous les pays). Ces communications, je les vois sortir de la bouche des émissaires comme une vapeur noire qui tombe sur la poitrine des auditeurs et allume en eux la haine et la rage ».

Elle constatait un jour en ces termes les effets de cette conspiration et de cette propagande, jusque dans le clergé : « Je vois que dans cet endroit (?) l’on mine et l’on étouffe la religion si habilement QU’IL RESTE A PEINE UNE CENTAINE DE PRETRES QUI NE SOIENT PAS SEDUITS (par les idées modernes que les Juifs ont déclaré avoir intérêt à propager). Je ne puis dire comment cela se fait, mais je vois le brouillard et les ténèbres s’étendre de plus en plus ». Elle ajoute : « J’espère pouvoir aider ceux qui résistent à ces séductions en prenant sur moi les douleurs de la Passion du Christ. Et quand elle eut dit cela, on vit son corps se raidir et prendre la position d’une personne étendue sur la croix. Une sueur froide découla de son front, sa langue s’engourdit. Cela dura dix minutes et se répéta trois fois le même jour. A la fin, elle s’affaissa et resta plusieurs jours dans un état d’anéantissement dont elle ne sortit que par la bénédiction de son confesseur. « Continuez, lui dit Jésus dans une circonstance semblable, continuez à prier et à souffrir pour l’Eglise. Elle remportera la victoire malgré ses abaissements momentanés, car elle n’est pas une institution humaine. »

Anne-Catherine avait terminé le récit de sa grande vision de 1820 par des paroles de consolation. Après avoir dit : « J’ai sous les yeux le tableau des démolitions de l’Eglise de Pierre et des manèges de l’homme-noir, » elle avait ajouté : « Je vois comment A LA FIN Marie étendit son manteau au-dessus de l’Eglise et comment les ennemis de Dieu furent chassés. » Nous venons d’entendre Notre-Seigneur lui mettre au cœur la même espérance.

 

CHAPITRE LXV

PRÉVISIONS DE L’ANTAGONISTE DES FRANCS-MAÇONS

Nous n’entendons pas donner les révélations de la V. Anne-Catherine Emmerick comme des articles de foi ; mais aucun de nos lecteurs n’aura pu ne pas être étonné du rapport qu’elles ont, même dans leurs détails, avec les faits connus depuis ; ce qui autorise à accorder une certaine confiance aux prédictions qu’elle fit des événements qui sont encore à venir[4]. « Je vois, dit-elle un jour, les ténèbres s’épaissir. Un grand orage menace, le ciel est couvert d’une manière effrayante. Il y a peu de gens qui prient et la détresse des bons est grande[5]. Je vois partout les communautés catholiques opprimées, vexées, ruinées et privées de liberté. Je vois beaucoup d’églises fermées. Je vois de grandes misères se produire partout. Je vois des guerres et du sang versé. »

Un autre jour : « Je vis le peuple farouche, ignorant, intervenir avec violence. Mais cela ne dura pas. » Une autre fois encore, en la fête de saint Michel 1820 : « J’eus la vision d’une immense bataille. Toute la plaine était couverte d’une épaisse fumée. Il y avait des vignes remplies de soldats, d’où l’on tirait continuellement. C’était un lieu bas : on voyait de grandes villes dans le lointain. Je vis saint Michel descendre avec une nombreuse troupe d’anges et séparer les combattants. Mais cela n’arrivera que quand tout sera perdu. Un chef invoquera saint Michel et alors la victoire descendra. » Parlant ailleurs de cette bataille qui semble, dans sa pensée, devoir mettre fin à l’état de choses actuel, elle dit aussi « L’archange saint Michel viendra au secours du généralissime qui l’invoquera et lui annoncera la victoire. » Déjà le 30 décembre 1809, elle avait dit voir saint Michel « planant au-dessus de l’église de Saint-Pierre, brillant de lumière, portant un vêtement rouge sang et tenant à la main un grand étendard de guerre. Des verts et des bleus combattaient contre des blancs qui paraissaient avoir le dessous. Tous ignoraient pourquoi ils combattaient. Cependant l’ange descendit, alla aux blancs et je le vis plusieurs fois en avant de toutes leurs cohortes. Alors ils furent animés d’un courage merveilleux, sans qu’ils sussent d’où cela leur venait. L’ange multipliait ses coups parmi les ennemis, des troupes d’ennemis passaient du côté des blancs, d’autres s’enfuyaient de tous côtés. » L’historien d’Anne-Catherine ajoute : « Elle ignorait l’époque de cette bataille et de cette intervention céleste. »

Ainsi que la Vénérable Anne-Catherine Emmerich l’avait prévu, nous avons vu les communautés opprimées. Nous avons assisté aux inventaires de nos églises et aux procès faits aux prêtres qui y célébraient la messe. Elles ne sont point fermées, mais, légalement, elles ne nous appartiennent plus et l’usurpateur attend l’heure propice pour nous en chasser. Les grèves, qui se multiplient partout, font présager une insurrection générale. Et la guerre est toujours menaçante, devant mettre en conflit tons les peuples et dans chaque nation la population entière sera sous les armes.

Catherine Emmerich annonce que lorsque tout paraîtra perdu, l’archange saint Michel invoqué par l’un des généralissimes, viendra lui donner la victoire. Ce serait le commencement des divines miséricordes.

En 1820, fin d’octobre, l’état de l’Eglise fut de nouveau montré à la Vénérable sous l’image de la basilique de Saint-Pierre. Elle vit les sociétés secrètes étendre leurs ramifications par toute la terre et livrer à l’Eglise une guerre d’extermination qui lui parut en rapports avec l’empire qu’établira l’antéchrist. Cette vision reproduit beaucoup de traits semblables à ceux que l’on trouve dans l’Apocalypse de saint Jean. La pauvre paysanne ne connaissait, naturellement, que bien, peu de choses de la Sainte Ecriture, comme de n’importe quels livres. Dans cette extase elle vit, comme cela lui avait déjà été montré, L’INTERVENTION DE LA TRES SAINTE VIERGE. L’Eglise lui parut entièrement RESTAUREE. Elle vit les travaux de la secte détruits, et ses tabliers et tout son attirail brûlés par la main du bourreau sur une place marquée d’infamie.

Trois mois auparavant elle avait dit : « J’eus de nouveau la vision de l’église Saint-Pierre sapée suivant un plan formé par la secte secrète. Mais je vis aussi le secours arriver au moment de la plus extrême détresse. »

Plusieurs fois ses sinistres visions se terminèrent par l’apparition de la Très Sainte Vierge descendant du ciel et couvrant du manteau de sa protection l’Eglise catholique figurée par la basilique Saint-Pierre. La principale de ces visions est ainsi rapportée « Anne-Catherine voyait l’église démolie par les Francs-Maçons et en même temps relevée par le clergé et les bons fidèles, mais, dit-elle, avec peu de zèle. » Déjà toute la partie extérieure de l’église était abattue. Il ne restait plus debout que le sanctuaire avec le Très Saint Sacrement. « J’étais accablée de tristesse et je me demandais où était cet homme que j’avais vu autrefois se tenir sur l’Eglise pour la défendre portant un vêtement rouge et tenant une bannière blanche. Alors je vis une femme pleine de majesté s’avancer dans la grande place qui est devant l’église. Elle avait son ample manteau relevé sur les deux bras, et elle s’éleva doucement en l’air. Elle se posa sur la coupole et étala sur l’église dans toute son étendue son manteau qui semblait rayonner d’or. Les démolisseurs venaient de prendre un instant de repos ; mais quand ils voulurent se remettre à l’œuvre, il leur fut absolument impossible de s’approcher de l’espace couvert par le manteau virginal.

« Cependant les bons se mirent à travailler avec une incroyable activité. Il vint des hommes d’un très grand âge, impotents, oubliés, puis beaucoup de jeunes gens forts et vigoureux, des femmes et des enfants, des ecclésiastiques et des séculiers ; et l’édifice fut bientôt RESTAURE ENTIEREMENT. Je vis tout se renouveler et une église qui s’élevait jusqu’au ciel. Quand j’eus ce spectacle, je ne voyais plus le Pape actuel, mais un de ses successeurs à la fois DOUX ET SEVERE. Il savait s’attacher les bons prêtres et repousser loin de lui les mauvais. »

« Quant à l’époque où cela doit arriver, je ne puis l’indiquer. »

En la fête de la Très Sainte Trinité de cette même année, elle avait dit : « Je vis une image de ce temps éloigné que je ne puis décrire. Mais je vis sur toute la terre la nuit se retirer et la lumière et l’amour (la foi et la charité) reprendre une nouvelle vie. J’eus à cette occasion des visions de toute espèce sur la renaissance des Ordres religieux. Le temps de l’antéchrist n’est pas si proche que quelques-uns le croient. Il aura encore des précurseurs, et j’ai vu dans deux villes des docteurs de l’école desquels il pourrait sortir de ces précurseurs, D’autre part, la Franc-Maçonnerie ne sera point complètement anéantie. Nous avons entendu Anne-Catherine nous dire qu’elle prépare la venue de l’antéchrist, ici elle dit « Les hommes au tablier blanc continuèrent à travailler, mais sans bruit et avec grande circonspection. Ils sont craintifs et ont toujours l’œil au guet. » Après le triomphe de l’Eglise, après la rénovation de toutes choses dans le Christ, ils continueront donc à exister, à se recruter, comme ils le firent après le Concordat et la Restauration, mais dans un mystère plus grand et plus impénétrable que jamais, jusqu’aux approches du jour où l’homme de péché viendra couronner leur œuvre, pour être ensuite lui-même vaincu par le Christ triomphant au milieu de ses élus. La prochaine victoire ne sera donc point la dernière. Et de celle que nous attendons le divin Sauveur a voulu en laisser la gloire à sa Mère, selon ce qui avait été dit au premier jour : Ipsat conteret caput tuum.

Il y a quatre-vingts ans et plus, que Catherine Emmerich était favorisée de ces visions sur l’avenir, qu’elle les décrivait au sortir de ses extases et que Clément Brentano les consignait dans ses notes sous sa dictée. Quels étaient en cela les desseins de Dieu ? On n’en voit point d’autres que celui de soutenir les courages aux jours de la grande épreuve par l’assurance donnée qu’elle se terminerait subitement quand tout semblerait perdu par l’intervention de l’Immaculée.

D’autres personnes ont reçu et nous ont donné les mêmes espérances. En 1830, une Fille de la Charité, Catherine Labouré, reçut de la Très Sainte Vierge l’assurance d’une succession d’évènements à venir, les uns heureux, les autres malheureux.

Dans une première apparition, le 18 juillet 1830, la Vierge immaculée dit que le monde était menacé d’un bouleversement général. Dans la seconde, le 27 novembre, même année, elle en montra la cause c’est que le monde s’est replacé sous l’empire de Satan. Mais en même temps elle se montra intercédant pour lui et le présentant à Dieu sous la forme d’un globe, de ses mains virginales. Sa prière fut exaucée, car des grâces abondantes se répandirent de ses mains sur le globe et particulièrement sur un point, la France[6].

Mais à sa prière, il faut que se joigne la nôtre, et c’est pourquoi il fut ordonné à la Sœur Labouré de faire frapper et répandre partout une médaille portant cette inscription « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! »

C’est donc vers Marie que nous devons porter le regard et faire monter nos prières. « Si Dieu sauve le monde et il le sauvera, a dit Dom Guéranger[7], le salut viendra par la Mère de Dieu. Par elle, le Seigneur a extirpé les ronces et les épines de la gentilité ; par Elle, Il a successivement triomphé de toutes les hérésies ; aujourd’hui, parce que le mal est à son comble, parce que toutes les vérités, tous les devoirs, tous les droits sont menacés d’un naufrage universel, est-ce une raison de croire que Dieu et son Eglise ne triompheront pas une dernière fois ? Il faut l’avouer, il y a matière à une grande et solennelle victoire, et c’est pour cela qu’il nous semble que Notre-Seigneur en a réservé tout l’honneur à Marie ; Dieu ne recule pas comme les hommes devant les obstacles. - Lorsque les temps seront venus, la sereine et pacifique Etoile des mers, Marie, se lèvera sur cette mer orageuse des tempêtes politiques, et les flots tumultueux étonnés de réfléchir son doux éclat, redeviendront calmes et soumis. Alors il n’y aura qu’une Voix de reconnaissance montant vers Celle qui, une fois encore, aura apparu comme le signe de paix après un nouvenu déluge. Marie est la clef de l’avenir, comme elle est la révélation du passé. »

Mgr Pie, à peu près dans le même temps, disait aussi dans l’église Notre-Dame de Poitiers : « La grandeur même de nos maux est la mesure des grâces qui nous sont réservées. Marie Immaculée a été posée comme un arc lumineux dans la nue, et cet arc est un signe de la réconciliation, de l’alliance entre Dieu et la terre. Si noirs que soient les nuages accumulés au-dessus de nos têtes, et qui sont comme un rideau qui nous empêche de n’apercevoir aucune éclaircie dans le ciel, je ne m’inquiète point parce que Dieu a déclaré qu’à la vue de l’arc, Il se souviendrait de sa promesse et qu’aucune inondation universelle ne détruirait plus la terre... Il est dans la destinée de Marie d’être une aurore divine ».

Bien avant eux et tant d’autres qui ont parlé dans le même sens. Marie elle-même avait dit à sainte Brigitte « Je suis la Vierge de laquelle est né le Fils de Dieu. Je me tins auprès de la croix au moment où Il triompha de l’enfer et ouvrit le ciel en répandant le sang de son cœur divin... Je plane aujourd’hui au-dessus de ce monde et j’intercède sans cesse auprès de mon Fils. Je suis semblable à l’arc-en-ciel qui paraît descendre des nues sur la terre pour la toucher de ses deux extrémités ; car je m’incline vers les hommes et ma prière atteint les bons et les méchants. Je m’incline vers les bons pour les maintenir dans la fidélité aux enseignements de leur Mère, et je m’incline vers les méchants pour les retirer de leur malice et les préserver d’une plus grande perversité… L’homme qui met ses soins à raffermir les fondements de l’Eglise peut compter dans sa faiblesse sur l’aide de la Reine du ciel[8]».

A l’heure actuelle, tous les vrais Enfants de Marie ont les regards tournés vers la Vierge Immaculée. C’est sur Elle qu’ils comptent pour raffermir les fondements de l’Eglise et dissiper la pestilence qui, des loges maçonniques et des antres de la Kabbale, s’est répandue sur toute la surface de la terre. Toutes les âmes restées vraiment chrétiennes sont actuellement tournées avec un invincible espoir vers l’Avocate du genre humain, la toute-puissante médiatrice entre le divin Rédempteur et les rachetés. Toutes sentent que seule, Marie peut déjouer les gigantesques complots formés contre le Christ et contre son Eglise. Hâtons par des prières plus ferventes que jamais l’heure de cette délivrance.



[1] Cette apparence extérieure leur était donnée aux yeux de la Voyante, sans doute, pour indiquer la place plus ou moins importante qu’ils occupaient dans la secte.

[2] Dans la préface de ses Œuvres pastorales, Mgr Isoard écrivait en 1884 : « Ils savent très nettement, très exactement ce qu’ils veulent faire, les hommes qui travaillent à effacer toute trace de religion en France. Le but exécrable qu’ils se sont marqué, ils ne le perdent point de vue. Ils ont un plan de campagne. Les grandes lignes de ce plan sont tracées définitivement depuis plus de cent années. Les opérations particulières sont fixées depuis plus de quarante ans. Les moindres détails d’exécution sont arrêtés depuis quatorze ans.

[3] Le 4 décembre 1820 : « Elle eut une vision et un avertissement touchant plusieurs prêtres qui, bien que cela dépendit uniquement d’eux, ne donnaient pas ce qu’ils auraient dû donner avec l’aide de Dieu ; elle vit aussi qu’ils auraient à rendre compte de tout l’amour, toutes les consolations, toutes les exhortations, toutes les instructions touchant les devoirs de la religion qu’ils ne nous donnent pas, pour toutes les bénédictions qu’ils ne distribuent pas quoique la force de la main de Jésus soit en eux, pour tout ce qu’ils omettent de faire à la ressemblance de Jésus » (II, p 358)

[4] Dans les Soirées de Saint-Pétersbourg, Joseph de Maistre, après avoir rappelé les pressentiments qui furent exprimés par les païens, dans les années qui précédèrent la venue du divin Sauveur, dit : « Le matérialisme, qui souille la philosophie de notre siècle, l’empêche de voir que la doctrine des esprits, et en particulier celle de l’esprit prophétique, est tout à fait plausible en elle-même, et, de plus, la mieux soutenue par la tradition la plus universelle et la plus imposante qui fut jamais. Pensez-vous que les anciens se soient tous accordés à croire que la puissance divinatoire ou prophétique était un apanage inné de l’homme ? (En note, nombreuses références.) Cela n’est pas possible. Jamais un être et, à plus forte raison, jamais une classe entière d’êtres ne sauraient manifester généralement et invariablement une inclination contraire à sa nature. Or, comme l’éternelle maladie de l’homme est de pénétrer l’avenir, c’est une preuve certaine qu’il a des droits sur cet avenir et qu’il a des moyens de l’atteindre, au moins dans de certaines circonstances... » Si vous me demandez ce qu’est cet esprit « prophétique », je vous répondrai que « jamais il n’y eut dans le monde de grands événements qui n’aient été prédits de quelque manière. » Machiavel est le premier homme de ma connaissance qui ait avancé cette proposition ; mais si vous y réfléchissez, vous-même, vous trouverez que l’assertion de ce pieux écrivain est justifiée par toute l’histoire. Vous en avez un dernier exemple dans la Révolution française, prédite de tous côtés et de la manière la plus incontestable... Pourquoi voulez-vous qu’il n’en soit pas de même aujourd’hui ? L’univers est dans l’attenle. Comment mépriserions-nous cette grande persuasion ? Et de quel droit condamnerions-nous les hommes qui, avertis par ces signes divins, se livrent à de savantes recherches ?... Puisque, de tous côtés, une foule d’êtres s’écrient de concert : VENEZ, SEIGNEUR, VENEZ ! Pourquoi blâmeriez-vous les hommes qui s’élancent dans cet avenir mystérieux et se glorifient de le deviner... »

Au dessus des prévisions des hommes supérieurs par le génie, il y a les prophéties des saints, des personnages que Dieu favorise de communications surnaturelles.

[5] Ailleurs « Mon divin Epoux me montra les tristesses de l’avenir. Je vis combien peu de personnes prient et souffrent pour détourner les maux qui vont venir. »

[6] Après le récit de la grande bataille où les bons triomphent par le secours de saint Michel, Anne-Catherine ajoute : « Lorsque l’ange fut descendu du haut de l’église, je vis au-dessus de lui dans le ciel, une grande croix lumineuse à laquelle le Sauveur était attaché ; de ses plaies sortaient des faisceaux de rayons resplendissants qui se répandirent sur le monde. Les rayons des mains, du côté et des pieds avaient la couleur de l’arc-en-ciel ; ils se divinisent en lignes très menues, quelquefois aussi ils se réunissaient et atteignaient ainsi des villages, des villes, des maisons sur toute la surface du globe. Les rayons de la plaie du côté se répandaient sur l’église placée au-dessous, comme un courant très abondant et très large. L’église en était tout illuminée, et je vis la plupart des âmes entrer dans le Seigneur par ce courant de rayons. Je vis aussi à la surface du ciel un cœur resplendissant duquel partait une voie de rayons qui se répandaient sur l’Eglise et sur beaucoup de pays. Il me fut dit que ce cœur était Marie. »

[7] Préface à l’ouvrage du P. Poiré, La Triple couronne de la Mère de Dieu.

[8] Révélations, IV, 48 et III ; 10.