INCROYABLE, MAIS CERTAIN

Comment une entéléchie[1] peut-elle se retourner complètement au point d’aller contre elle-même ? C’est le cas de Monseigneur Tissier de Mallerais, qui commence par dire une chose et dit ensuite le contraire. Le livre de Monseigneur Lefebvre intitulé “Ils L’ont Découronné” était une compilation de ses conférences, effectuée par celui qui était encore l’abbé Tissier de Mallerais, ainsi que Mgr Lefebvre le signale dans sa préface le 13 janvier 1987 : « M. l'abbé Tissier de Mallerais, Secrétaire Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, encouragé par le Supérieur Général, a eu la pensée de compléter et d'organiser cet ensemble de conférences et de les publier, afin que cet enseignement très actuel puisse profiter à d'autres qu'aux séminaristes. Et tandis que ce travail s'achevait, la plus abominable manifestation du catholicisme libéral s'accomplissait à Assise, preuve tangible que le Pape et ceux qui l'approuvent ont une fausse notion de la foi, notion moderniste, qui va ébranler tout l'édifice de l'Église ».

Dans ce livre, l’auteur affirme clairement et catégoriquement : « La liberté religieuse, c’est l’apostasie légale de la société : retenez-le bien ; car c’est cela que je réponds à Rome, chaque fois qu’on veut m’obliger à accepter globalement le Concile ou spécialement la déclaration sur la liberté religieuse. Le 7 décembre 1965, j’ai refusé d’apposer ma signature au bas de cet acte conciliaire, et vingt ans plus tard, mes raisons de refuser toujours cette signature n’ont fait que croître. On ne signe pas une apostasie ! »[2]

À la page précédente, il écrit ceci : « Alors, nous refusons la liberté religieuse de Vatican II, nous la rejetons dans les mêmes termes que les papes du dix-neuvième siècle l’ont rejetée, nous nous appuyons sur leur autorité et rien que sur leur autorité : quelle plus grande garantie pouvons-nous avoir d’être dans la vérité, que d’être forts de la force même de la tradition, de l’enseignement constant des papes Pie VI, Pie VII, Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, Benoît XV, etc., qui tous ont condamné la liberté religieuse, comme je vous le montrerai dans notre entretien suivant. »[3]

Comment se peut-il que, sachant cela et ayant compilé et organisé le livre, il (Mgr Tissier) vienne ensuite dire le contraire dans sa biographie de Mgr Lefebvre, comme on peut le constater à la page 332 de la première édition en français publiée par Clovis en 2002 (livre que l’auteur m’a fait l’honneur et l’amitié de m’offrir avec la dédicace suivante : « À l’abbé Basilio Méramo, en témoignage de reconnaissance pour la part qu’il a prise dans la préparation de cette biographie en me confiant telle ou telle parole de notre vénéré fondateur » – Suresnes, le 13 septembre 2002). « Il résulte de ces faits irrécusables que Mgr Lefebvre, comme Mgr de Castro Mayer, après avoir voté jusqu’au bout contre la liberté religieuse, signa la promulgation de la déclaration Dignitatis Humanæ. » Et on lit à la page suivante : « Si, par la suite, Mgr Lefebvre affirma à plusieurs reprises n’avoir pas signé la liberté religieuse, tout comme Gaudium et spes, c’est poussé par la logique de son opposition antérieure et postérieure à la promulgation de la liberté religieuse et abusé par sa mémoire ou par une erreur. Il semble avoir confondu les votes finaux négatifs concernant Gaudium et Spes et Dignitatis Humanæ avec un refus de signature. »

Mgr Lefebvre lui-même a réfuté d’avance, par les propos suivants, ce que Mgr Tissier de Mallerais cherche à lui imputer, bien qu’il les ait tenus pour nier ce que le Père de Blignières lui attribuait déjà : « La liste des signatures des Pères, dont les noms se trouvent au volume IV, page 804 des documents du Concile, indique simplement les Pères qui étaient présents à Saint Pierre, lorsqu’ont été présentés successivement les quatre décrets (sur la Liberté religieuse, l’Activité missionnaire, le Ministère des prêtres et l’Église dans le monde). Il faut être de mauvaise foi pour interpréter ces signatures comme des approbations des quatre décrets ensemble. (…) Il est évident, et nous l’avons toujours affirmé, que Mgr de Castro Meyer, Mgr Sigaud et moi-même avons voté contre la Liberté religieuse et l’Église dans le monde. En nous faisant passer pour des menteurs, en faussant les documents, on peut juger de la malhonnêteté du P. de Blignières et de ceux qui se sont empressés de reproduire ces mensonges. » (1er juin 1990). « Dieu est témoin que nous avons refusé de signer ces deux décrets. Si quelqu’un peut s’en souvenir, c’est bien moi et non ces jeunes qui étaient à peine nés au Concile !... » (20 avril 1990). (Le Sel de la Terre n° 2, p. 25-26).

Indigné d’avoir rencontré semblable affirmation dans le livre de Mgr Tissier, j’en fis la réclamation (après m’être adressé à Mgrs Fellay, Williamson et de Galarreta, ainsi qu’aux abbés Schmidberger et Aulagnier, pour ne nommer que les clercs qui étaient alors les plus hauts placés et les plus représentatifs de la Fraternité Saint-Pie X) à son auteur, avec lequel j’eus un échange de lettres (au nombre de trois pour chacun), après quoi il reconnut son erreur à la fin de sa troisième et dernière lettre, du moins en apparence, disant qu’il procéderait aux corrections voulues dans une éventuelle nouvelle édition : « Je vous remercie de vos observations concernant la signature de Dignitatis Humanæ par Mgr Lefebvre, et je corrigerai assurément le passage en question si une nouvelle édition est mise sous presse, mais ce ne sera pas avant quelques années. Il est certain que par sa signature, Mgr Lefebvre n’a pas exprimé une approbation ; par ailleurs, les signatures n’ont pas forcément cette signification » (Écône, le 8 avril 2003). Or, une troisième édition (en espagnol) a été publiée à Madrid, mais – ô surprise ! – le passage litigieux n’y avait pas été corrigé comme annoncé…

Si Mgr Tissier est un des membres les plus anciens de la Fraternité, que peut-on attendre du reste de la troupe ? Mgr Lefebvre lui-même tenait ce clerc en haute estime, au point de dire que les abbés Tissier de Mallerais et Aulagnier étaient un peu les deux anges gardiens de la Fraternité. Ainsi que nous l’avons vu, l’abbé Aulagnier a failli traîtreusement et lamentablement. Nous ne sommes donc pas surpris de ce qui se passe au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, où l’on se réclame d’une fausse fidélité au fondateur (et où l’on prétend poursuivre son œuvre). On constate, en effet, que ses membres ont perdu le nord, sont complètement désorientés, ont laissé leur matière grise se dessécher. Et c’est ainsi que l’on a pu voir Mgr Fellay déclarer dans un journal suisse du Valais (La Liberté du 11 mai 2001) qu’il acceptait « 95% du Concile », sans que quiconque lui en fasse le reproche, sans que personne ne lui dise quoi que ce soit… On est là en face d’un organisme immuno-déficient (mentalement sidéen, en quelque sorte), c’est-à-dire sans réaction face à la contamination. Ce qui a conduit l’intéressé à faire la réponse suivante (non sans raison, selon son nouveau mode de pensée) à la question que lui posait la revue 30 Días n° 9 d’octobre 2002 : « – Et si le Pape vous appelait ? – S’il m’appelle, j’y vais tout de suite. Ou plutôt, j’y cours. C’est certain ». Et pourquoi n’y courrait-il pas, puisqu’il est d’accord avec 95% du Concile ? Voilà pourquoi il peut dire tranquillement, à présent, que le concile Vatican II n’était pas une super-hérésie, comme il l’a seriné aux trois autres évêques dans sa lettre en réplique à leur opposition, avant l’accord pratique que l’on voyait alors venir (le 14 avril 2012).

Or, justement, le modernisme est bel et bien une super-hérésie, si l’on s’en tient à la définition du Pape saint Pie X, qui disait que le modernisme est le collecteur de toutes les hérésies. En outre, Mgr Fellay minimise l’hérésie que représente la liberté religieuse et que dénonçait Mgr Lefebvre, et il soutient à présent que c’est là, très, très peu de chose, comme s’il s’agissait non pas d’une tumeur maligne étendue, mais d’un mal réduit à quelques cellules : « La liberté religieuse est utilisée de bien des manières, et en y regardant de près, j’ai vraiment l’impression que peu de gens savent ce que le Concile a dit à ce sujet. Le Concile présente une liberté religieuse qui est de fait très, très limitée. Très limitée ». (Interview accordée à Catholic News Services, 11 mai 2012). Ou encore, comme si cela ne suffisait pas (et cela suffit plus qu’amplement, car il en a rajouté jusqu’à l’indigestion), il dit également : « Au cours des discussions doctrinales, nous nous sommes rendu compte que ce que nous condamnions auparavant comme une erreur du Concile fut en réalité, non pas une erreur du Concile, mais une erreur d’interprétation du Concile » (ibidem). On voit donc clairement le virage opéré dans son fragile intellect, puisqu’il se fait le disciple aimé (préféré) de la nouvelle herméneutique de la continuité de Benoît XVI, cet homme à l’âme si bonne, paternelle, bienveillante, sincère, consciente, limpide et pure, au point qu’il lui apparaît comme la meilleure expression de ce que doit être un traditionaliste. C’est pourtant ce même homme que Mgr Lefebvre dénonçait nommément comme étant un parfait hérétique et qui (revêtu non pas de la tiare, qui n’existe plus, mais de son titre de Pasteur Suprême intronisé sur le Siège de Pierre), se voit à présent exonéré de tout le modernisme hérétique par lequel il se caractérise depuis qu’il a été expert au concile Vatican II. Cet homme-là est un des rares survivants de ceux qui ont fabriqué un concile schismatique dont on voit les hérétiques et apostats, ces fruits vénéneux qui nous empoisonnent aujourd’hui.

On ne perçoit que trop bien ce tournant, ce changement de cap intellectuel opéré dans le cerveau de Mgr Fellay, conquis par l’« ange de lumière », le sinueux et maudit serpent, qui conduit la Révolution moderniste et anticatholique. L’inculturation révolutionnaire triomphe lorsqu’elle réussit à féconder l’être et la pensée, y compris chez ceux qui ont pu s’opposer à elle naguère, produisant ainsi le verbe mental, le logos de l’Antéchrist ; Ainsi peut-on voir Mgr Fellay prétendre que les erreurs incombent non pas au Concile, mais à l’interprétation faite de ce dernier, affirmant de la sorte ce que le cardinal Ratzinger a toujours soutenu du haut de sa dialectique évolutive (conciliatrice), qui lui permet d’amalgamer, de coaliser et de synthétiser les contraires (le blanc et le noir) en gommant les contradictions (l’être et le non-être), tous réunis dans sa perspective dialectico-gnostico-kabbalistique, cette fille aussi digne que méritante de la pensée ou de la philosophie moderne.

C’est de cette manière que, grâce à ses deux années de dialogues doctrinaux avec la Rome apostate, Mgr Fellay, tel le simplet qui s’extasie devant le génie sortant de la lampe d’Aladin, prétend que la cause des erreurs et des hérésies (liberté religieuse, collégialité, œcuménisme, entre autres) tient non pas au Concile, mais à une mauvaise interprétation de ce dernier. C’est précisément ce qu’a toujours affirmé celui qui était alors le cardinal Ratzinger, chose que Mgr Lefebvre nous a rappelée dans son livre intitulé “Ils L’ont Découronné” : « Or quand on demande au cardinal Ratzinger de montrer quelques bons fruits du Concile, il ne sait que répondre. Et tandis que je demandais un jour au cardinal Garrone comment un “bon” concile avait pu produire de si mauvais fruits, il me répondit : “ce n’est pas le Concile, ce sont les moyens de communication sociale” ! »

Pour toutes ces raisons, Mgr Fellay peut prétendre aujourd’hui, avec candeur et autorité, que le Concile n’est pas ce qu’il y a de plus important et qu’il passe au second plan par rapport à des problèmes plus graves : « Il faut laisser de côté les problèmes secondaires et s’occuper des problèmes majeurs » (7 juin 2012).

Ainsi s’éclairent, dans ce contexte, les paroles de l’intéressé qu’on n’a peut-être pas bien comprises sur le moment ou dont on n’a pas perçu « la splendeur, l’aura lumineuse » : « je dirais que nous devons dépasser le Concile pour revenir à ce que l’Église a toujours enseigné et dont l’Église ne peut pas se séparer et qu’à un moment donné nous devrons dépasser le Concile qui s’est voulu pastoral et non doctrinal. Qui a voulu s’occuper de la situation contingente de l’Église. Mais les choses changent, et beaucoup de points du Concile sont déjà dépassés » (interview accordée à l’agence APCOM le 31 juillet 2009).

Étant donné que Mgr Fellay reconnaît, comme on l’a vu, que le Concile n’est plus une super-hérésie (bien qu’il présente quelques erreurs, mais non pas des hérésies graves, et que ces erreurs sont susceptibles de modification ou de correction à la lumière de la tradition), il affirme également : « Le Pape dit que […] le Concile doit être perçu comme s’inscrivant dans la grande tradition de l’Église, qu’il doit être compris en accord avec elle. Ce sont là des déclarations avec lesquelles nous sommes entièrement, complètement, absolument d’accord » (Interview accordée à Catholic News Service).

C’est pourquoi Mgr Fellay, fort de sa lumineuse et splendide vision (et conforté par les grâces d’état de sa charge élevée, dont il ne fait jamais fi en raison de sa grande docilité), en arrive à déclarer ceci : « Loin de vouloir arrêter la Tradition en 1962, nous souhaitons considérer le Concile Vatican II et l’enseignement post-conciliaire à la lumière de cette Tradition […] sans rupture et dans un développement parfaitement homogène » (Lettre à Benoît XVI du 12 mars 2009). Benoît XVI aurait fort bien pu dire la même chose, car cela n’est rien d’autre que sa nouvelle herméneutique, sa dialectique gnostique. Il ne faut pas se laisser entraîner à voir le Concile à la lumière de la tradition (comme Mgr Lefebvre lui-même a pu l’affirmer un moment) ; on doit s’en abstenir non pour que tout continue sans rupture en un développement parfaitement homogène sur le plan dialectique, mais pour juger le concile Vatican II (totalement non infaillible, donc théologiquement et canoniquement invalide si l’on se réfère à la Tradition de l’Église), car il y a un vice intrinsèque dans sa constitution même : son opposition à la présence indéfectible et infaillible de l’Esprit Saint.

Enfin, il ne nous reste qu’à rappeler ces paroles de Mgr Lefebvre sur la visibilité et la permanence de l’Église face à la nouvelle Église postconciliaire : « L’Église visible se reconnaît aux signes qu’elle a toujours donnés pour sa visibilité : elle est une, sainte, catholique et apostolique. Je vous demande : où sont les véritables marques de l’Église ? Sont-elles davantage dans l’Église officielle (il ne s’agit pas de l’Église visible, il s’agit de l’Église officielle) ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes ? Il est clair que c’est nous qui gardons l’unité de la foi, qui a disparu de l’Église officielle. Un évêque croit à ceci, l’autre n’y croit pas, la foi est diverse, leurs catéchismes abominables comportent des hérésies. Où est l’unité de la foi dans Rome ? Où est l’unité de la foi dans le monde ? C’est bien nous qui l’avons gardée. L’unité de la foi réalisée dans le monde entier c’est la catholicité. Or, cette unité de la foi dans le monde entier n’existe plus, il n’y a donc plus de catholicité pratiquement […] L’apostolicité ? Ils ont rompu avec le passé. S’ils ont fait quelque chose, c’est bien cela. Ils ne veulent plus de ce qui s’est passé avant le concile Vatican II [...] L’apostolicité : nous, nous sommes rattachés aux apôtres par l’autorité. Mon sacerdoce me vient des apôtres ; votre sacerdoce vous vient des apôtres. Nous sommes les fils de ceux qui nous ont donné l’épiscopat. Mon épiscopat descend du saint pape Pie V et par lui nous remontons aux apôtres. Quant à l’apostolicité de la foi, nous croyons la même foi que les apôtres. Nous n’avons rien changé et nous ne voulons rien changer. Et puis, la sainteté. On ne va pas se faire des compliments ou des louanges. Si nous ne voulons pas nous considérer nous-même, considérons les autres et considérons les fruits de notre apostolat […] Tout cela montre que c’est nous qui avons les marques de l’Église visible. S’il y a encore une visibilité de l’Église aujourd’hui, c’est grâce à vous. Ces signes ne se trouvent plus chez les autres. Il n’y a plus chez eux d’unité de la foi, or c’est la foi qui est la base de toute visibilité de l’Église. La catholicité, c’est la foi une dans l’espace. L’apostolicité, c’est la foi une dans le temps, et la sainteté, c’est le fruit de la foi, qui se concrétise dans les âmes par la grâce du Bon Dieu, par la grâce des sacrements. » (Fideliter n° 66, novembre-décembre 1988.)

Sur le fait de sortir de l’Église ou de se trouver à l’intérieur, Mgr Lefebvre fait la réponse suivante : « Ce n’est pas nous, mais les modernistes qui sortent de l’Église. Quant à dire “sortir de l’Église visible”, c’est se tromper en assimilant Église officielle et Église visible. Nous appartenons bien à l’Église visible [...] Sortir, donc, de l’Église officielle ? Dans une certaine mesure, oui, évidemment. » (Fideliter n° 66, novembre-décembre 1988.)

Au cours d’une autre interview, Mgr Lefebvre déclare ceci, un an après les consécrations : « Et d’abord, de quelle Église parle-t-on ? Si c’est de l’Église conciliaire, il faudrait que nous, qui avons lutté contre elle pendant vingt ans parce que nous voulons l’Église catholique, nous rentrions dans cette Église conciliaire pour soi-disant la rendre catholique. C’est une illusion totale […] Cette histoire d’Église visible de Dom Gérard et de M. Madiran est enfantine. C’est incroyable que l’on puisse parler d’Église visible pour l’Église conciliaire par opposition à l’Église catholique que nous essayons de représenter et de continuer. Je ne dis pas que nous sommes l’Église catholique. Je ne l’ai jamais dit. Personne ne peut me reprocher d’avoir jamais voulu me prendre pour un pape. Mais nous représentons vraiment l’Église catholique telle qu’elle était autrefois, puisque nous continuons ce qu’elle a toujours fait. C’est nous qui avons les notes de l’Église visible : l’unité, la catholicité, l’apostolicité, la sainteté. C’est cela qui fait l’Église visible » (Fideliter n° 70, juillet-août 1989).

Nous sommes donc en droit de nous demander ce qu’il faut penser de l’Église conciliaire, question à laquelle Mgr Lefebvre répond en ces termes : « Évidemment nous sommes contre l’Église conciliaire, qui est pratiquement schismatique, même s’ils ne l’acceptent pas. Dans la pratique, c’est une Église virtuellement excommuniée, parce que c’est une Église moderniste. Ce sont eux qui nous excommunient, alors que nous voulons rester catholiques. Nous voulons rester avec le Pape catholique et avec l’Église catholique. Voilà la différence » (Fideliter n° 70, juillet-août 1989).

On voit donc que Mgr Lefebvre ne se trompait pas en faisant écho aux vénérables paroles prononcées par Notre Dame à La Salette – « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist » –, lorsqu’il a écrivit aux quatre futurs évêques : « La Chaire de Pierre et les postes d'autorité de Rome étant occupés par des antichrists, la destruction du Règne de Notre Seigneur se poursuit rapidement à l'intérieur même de Son Corps Mystique ici-bas […] C'est ce qui nous a valu la persécution de la Rome antichrist ».

Par conséquent (nous nous en souvenons très bien), Mgr Lefebvre considérait comme injustes, nulles et non avenues les excommunications de l’Église officielle moderniste et de la Rome antichrist, qui venaient jeter des taches infâmantes sur l’image « immaculée » de Mgr Fellay et des trois autres évêques, alors qu’aux yeux de Mgr Lefebvre, loin d’équivaloir à un stigmate ou à une opprobre, elles représentaient tout au contraire une sorte d’hommage du vice à la vertu, c’est-à-dire un signe de sa fidélité à la Tradition infaillible et éternelle de l’Église catholique, apostolique et romaine.

Que l’image de la très Saint Vierge Marie debout au pied de la croix nous aide, durant cette crucifixion de Notre Seigneur en Son Corps Mystique, à conserver, contempler et méditer ces paroles pour accompagner la prière de nos cœurs.

 

 

Abbé Basilio Méramo
Bogotá, le 10 août 2012

En la Fête de saint Laurent martyr



[1] NdT (D’après Wikipedia) : Mot emprunté au bas latin entelechia (essence de l'âme, au sens aristotélicien de principe vital), lui-même issu du grec ancien ντελέχεια (énergie agissante et efficace, par opposition à la matière inerte). Dans la philosophie aristotélicienne, se dit du principe actif faisant passer une chose qui n’est encore qu’en puissance à l’état de réalisation, à l’état d’acte, ainsi que de cet état final lui-même.

[2] http://catholicapedia.net/Documents/cahier-saint-charlemagne/documents/C262_Mgr-Lefebvre_Ils-L.ont-decouronne_72p.pdf

[3] Idem.