À PROPOS DE LA RÉPONSE DE MONSEIGNEUR FELLAY

AUX TROIS AUTRES ÉVÊQUES DE LA FRATERNITÉ


Abbé Basilio Méramo

La réponse inouïe de Mgr Fellay à la lettre de ses trois frères dans l’épiscopat dans laquelle ils lui font part de leur désaccord, étonne par la sottise de l’accusation et trahit chez l’auteur une myopie intellectuelle l’empêchant de voir au-delà de ses illusions.

Mgr Fellay s’arroge en effet, dans sa lettre, un pouvoir sur la vérité elle-même, puisque cet infaillible gourou prétend s’imposer à tout prix, comme s’il était investi d’une mission divine, et que dans sa naïve ignorance, il cultive l’ambition de renverser la Révolution anticatholique téléguidée aujourd’hui depuis la Rome adultère et apostate.

Mgr Fellay ose mettre en avant son insignifiant critère, flatté par la Rome corrompue et emballé par la prébende d’une prélature personnelle ; celle-ci lui conférerait un statut canonique et juridique au sein de la religion de la Grande Prostitué écarlate, dont la vision surprit l’Apôtre saint Jean l’Évangéliste lorsqu’il la vit vêtue d’or et de pourpre (attributs du pouvoir et du prestige royaux) et chevauchant la bête de la mer, ou Antichrist politique.

Il fait montre d’un faible bagage intellectuel et théologique et d’un faux mysticisme, comme le démontre le fait de s’être laissé éblouir et duper il y a quelques années par une prophétesse suisse en cherchant à réformer la spiritualité de la Fraternité léguée par son fondateur Monseigneur Marcel Lefebvre. Cette complète illuminée trouva un terrain favorable dans la sensibilité débile de Mgr Fellay, mais elle ne pu prévaloir à l’époque, grâce à la forte opposition des autres membres de la Fraternité ; cela met en tout cas en lumière l’inclination aveugle et ingénue de l’évêque pour le merveilleux et l’apparitionisme.

Il prétend aujourd’hui être l’émissaire unique et privilégié pour résoudre la crise actuelle, dont les dimensions eschatologiques et apocalyptiques le dépassent au point même qu’il les méconnaît.

Mgr Fellay reproche aux trois autres évêques deux graves erreurs, selon sa myopie de gourou illuminé (allumé) se croyant revêtu d’un mandat et d’un pouvoir sur toute la Tradition et conduisant celle-ci à la faillite formelle aussi bien que publique.

À l’en croire, ces deux erreurs seraient les suivantes : devant la grave crise actuelle de l’Église, les trois évêques en question – Mgrs Tissier de Mallerais, Williamson et de Galarreta – pèchent à la fois par manque de vision surnaturelle et de réalisme ; ils manquent d’une vision surnaturelle, parce qu’ils ne voient pas dans l'Église officielle (actuelle) l’Église visible qui tient Benoît XVI pour Pape légitime et parce qu’ils ne se rendent pas compte que Jésus-Christ Lui-même peut parler par la bouche de Joseph Ratzinger, que la volonté de celui-ci est légitime et – en outre – bienveillante envers la Tradition, et enfin que Notre Seigneur Jésus-Christ donnera les moyens et les grâces nécessaires. Selon lui toujours, Benoît XVI veut résoudre le problème ; c’est là une préoccupation de son pontificat, et il en manifeste la volonté juste et irrévocable.

Ils ont donc une vision trop humaine, voire trop fataliste de l’Église. Ils ne voient pas l’assistance de la grâce et de l’Esprit Saint ; ils ne perçoivent que les dangers, les conspirations et les difficultés. Et comme si cela ne suffisait pas, ils manquent en plus – selon Mgr Fellay – de réalisme : d’une part, ils font des erreurs de Vatican II des super-hérésies, ce qui caricature la réalité, les amène à un endurcissement absolu et débouche sur un véritable schisme ; d’autre part, tout le monde à Rome n’est pas moderniste, tout le monde à Rome n’est pas pourri.

Non seulement la perspective de Mgr Fellay est naïve et irréaliste, mais elle est hyper-surnaturelle, comme le serait celle d’un illuminé qui ne connaîtrait pas le principe théologique, surnaturel et réaliste dont il parle : la grâce (le surnaturel) suppose la nature, car elle agit sur la nature humaine et la nature angélique (intelligentes et libres). Elle n’agit ni ne peut agir sur une pierre ou un animal sans raison et sans volonté.

Monseigneur Lefebvre a été le premier à signaler clairement et catégoriquement que l’Église officielle (post-conciliaire) ne s’identifie pas forcément à l’Église visible de Dieu. Il a écrit ainsi :

« Où est l’Église visible ?  L’Église visible se reconnaît aux signes qu’elle a toujours donnés pour sa visibilité : elle est une, sainte, catholique et apostolique. Je vous demande : où sont les véritables marques de l’Église ? Sont-elles davantage dans l’Église officielle (il ne s’agit pas de l’Église visible, il s’agit de l’Église officielle) ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes ? Il est clair que c’est nous qui gardons l’unité de la foi, qui a disparu de l’Église officielle ». Et il souligne ce qui suit : « Bien sûr, on pourra nous objecter : “Faut-il obligatoirement sortir de l'Église visible […] ?”. Ce n’est pas nous, mais les modernistes qui sortent de l’Église. Quant à dire “sortir de l’Église visible”, c’est se tromper en assimilant Église officielle et Église visible. » (Fideliter nº 66 novembre-décembre 1988).

Voilà ce que Mgr Fellay, l’abbé Schmidberger et leurs partisans inconditionnels ne veulent ni voir, ni entendre, murés qu’ils sont dans la cécité et la surdité de leur erreur.

Mgr Fellay cède à l’illusion la plus complète, comme le prouvent les propos tenus par Monseigneur Lefebvre lui-même lors d’une interview accordée à Fideliterun an après les consécrations :

« FideliterCertains disent : “oui, mais Monseigneur aurait dû accepter un accord avec Rome, car une fois que la Fraternité aurait été reconnue et que les sanctions auraient été levées, elle aurait pu agir de façon plus efficace à l’intérieur de l’Église, alors qu’aujourd’hui, elle se trouve en dehors.”

« Monseigneur – Ce sont des choses faciles à dire. Se mettre à l’intérieur de l’Église, qu’est-ce que cela veut dire ? Et d’abord de quelle Église parle-t-on ? Si c’est de l’église Conciliaire, il faudrait que nous, qui avons lutté contre elle pendant vingt ans parce que nous voulons l’Église catholique, nous rentrions dans cette église Conciliaire pour soi-disant la rendre catholique ? C’est une illusion totale ! » (Fideliter n° 70, juillet-août 1989).

Ces paroles de Monseigneur Lefebvre montrent bien que Mgr Fellay et sa camarilla ne sont que des utopistes. De leur part, en effet, persister dans cette entreprise relevant d’une illusion totale est un signe de débilité mentale ou dénote une attitude de gourou mystifié et enorgueilli par ce qu’il croit être sa mission divine, de « Superman » de l’Église et de la Tradition s’apprêtant à renverser la Révolution anticatholique. Seul un rêveur illuminé ou allumé peut nourrir une telle prétention, tout en accusant gravement ceux qui s’opposent à lui de manquer d’esprit surnaturel et de réalisme. A-t-on jamais vu pareille illusion et pareil orgueil ? Qu’est-ce qui anime Mgr Fellay sinon une forme de paranoïa religieuse ?

Mgr Fellay appuie son esprit surnaturel sur l’idée fervente et dogmatique selon laquelle Benoît XVI est sûrement et absolument Pape, que sa volonté est donc légitime et que Dieu peut parler par sa bouche. Or, c’est là une erreur théologique consistant à prendre comme matière ou sujet de foi une chose qui ne l’est pas ; on est ici en présence du dogmatisme théologique de l’ignare, qui érige en dogme de foi (ou considère comme tel) ce qui ne l’est pas en réalité. N’oublions pas qu’à ce compte-là, Dieu peut aussi s’exprimer par la bouche de la mule la Balaam ou faire que les pierres parlent.

 Saint Thomas d’Aquin fournit à ce sujet un exemple très significatif lorsqu’il parle de la foi comme d’une certitude divine inhérente et qu’il met en lumière le cas d’une hostie que les fidèles adoreraient alors qu’elle n’a pas été consacrée, comme cela pourrait se produire avec telle ou telle hostie. Réponse : ce qui est de foi, c’est que toute hostie validement consacrée contient réellement et substantiellement le corps, le sang, l’âme et la divinité du Christ, mais il n’est pas de foi que telle hostie en particulier (hic et nunc) contienne la présence divine, car il peut s’être produit une volontaire ou non qui ait empêché la consécration, sans qu’il y ait eu volonté d’exposer à l’erreur la foi des fidèles et de l’Église.

Il en irait de même avec le Pape : tout pontife légitime est réellement et véritablement Pape, mais il n’est pas de foi que tel pontife en particulier – par exemple, Benoît XVI – soit bel et bien Pape, car c’est justement sa légitimité qui est en balance ; étant donné, en effet, ses actes qui contredisent chacun la foi de l’Église, il est possible qu’il ne soit pas réellement et véritablement Pape, sans qu’il y ait pour autant errance des fidèles et de l’Église dans la foi. Rappelons-nous le cas de saint Vincent Ferrier, qui tenait pour Pape véritable et légitime l’antipape Benoît XII (Pedro de Luna ou Pierre de Lune) et qui se trompait donc, mais sans pécher contre la foi, en considérant comme faux Pape celui qui l’était vraiment.

Monseigneur Fellay est tombé dans la dialectique fausse et fondée sur un a priori qui consiste à croire de foi que tel pontife – comme Jean-Paul II ou Benoît XVI – est le Pape véritable et légitime. Quiconque n’est pas d’accord avec ce qui précède ou le met en doute pèche contre la foi et commet une grave erreur en ne sachant pas distinguer au juste ce qui est le sujet ou la matière de la foi.

S’il en était ainsi, jamais Monseigneur Lefebvre (ni tous les théologiens, à l’exception du Néerlandais Pighi) n’aurait considéré la possibilité du Sede Vacante. Donc, il est évident que cette position ne peut pas être considérée comme schismatique, hérétique ou apostate. La même discussion qui a lieu sur le terrain théologique au sujet des divergences doctrinales confirme bien que cette théorie est parfaitement envisageable, mais la Rome moderniste et apostate a très habilement et subtilement créé une dialectique machiavélique sur ce thème afin que nul ne puisse mettre en doute la légitimité des Papes conciliaires, moyennant quoi, quiconque se hasarde à le faire est disqualifié comme méprisable paria, la question devenant alors un tabou théologique qui permet à Rome de continuer – sans entrave – à pontifier dans l’erreur et à violer la foi virginalement immaculée.

Lors de sa conférence à Écône du 15 avril 1986, Monseigneur Lefebvre est revenu sur ce qu’il avait dit dans son sermon de Pâques en soulignant ceci :

« Le Pape est-il toujours Pape quand il est hérétique ? Franchement, je n’en sais rien ! Mais vous-mêmes pouvez vous poser la question. Je pense que chez tout homme sensé, la question doit se poser. Je ne sais pas. Maintenant, est-il urgent de parler de cela ?… On peut ne pas en parler, manifestement… Nous pouvons en parler entre nous, en privé, dans nos institutions, dans nos conversations privées entre séminaristes, entre prêtres… »

« Est-il nécessaire d’en parler aux fidèles ? Beaucoup disent : “non, n’en parlez pas aux fidèles, ils vont se scandaliser. Cela va être terrible, cela va aller loin…”. Bien. J’ai dit aux prêtres, à Paris, quand je les ai réunis, et ensuite à vous-mêmes (je vous en avais déjà parlé), je leur ai dit : “Je pense que, très doucement, il est nécessaire, malgré tout, d’éclairer un peu les fidèles.  Je ne dis pas qu’il faille le faire brutalement et lancer cela au visage des fidèles pour leur faire peur… non, mais je pense que malgré tout, c’est précisément une question de foi. Il est nécessaire que les fidèles ne perdent pas la foi.” »

Or, cela fut interdit et réprimé de bien des manières au sein de la Fraternité : d’abord par l’abbé Schmidberger quand il était Supérieur général, maintenant par Mgr Fellay, et c’est ainsi que les fidèles sont maintenus dans l’ignorance. Évoquer cette théorie était et reste pire que contracter la lèpre ou le sida : il y a là un tabou qu’on ne peut violer qu’en se discréditant. Car rien ne saurait faire trembler davantage la Rome apostate que de voir mise en doute publiquement sa légitimité ou attaquée son autorité qu’elle met au service de la contre-Église, de la Synagogue de Satan, accomplissant ainsi la prophétie de La Salette : « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist » (Pseudo-prophète).

Mgr Fellay est à ce point irréaliste que c’est lui qui taxe les trois autres évêques d’irréalisme parce qu’ils perçoivent dans les erreurs du concile Vatican II des super-hérésies, comme si les hérésies ne suffisaient pas en dépit de leur caractère déjà désastreux. Bien sûr, comment ne dirait-il pas cela, lui qui a affirmé qu’il acceptait 95% de Vatican II et qu’il accourrait à Rome (la moderniste) si on le convoquait ?

Tout cela ne manque pas de surprendre, mais comme lui-même le reconnaît, ne recevant aucun soutien des trois autres évêques, il les a mis à l’écart. Du même coup, il a poursuivi son dessein, si bien que l’affaire est désormais sur la place publique, alors qu’il voulait continuer à la maintenir sous le boisseau. Qui plus est, il a publié un communiqué dans lequel il affirme que ses frères dans l’épiscopat ont gravement péché ; or, en fait de péché grave et mortel, c’est plutôt lui qui s’en est rendu coupable et qui s’y maintient en semant la division et la destruction dans l’œuvre de Monseigneur Lefebvre, mais son inconscience de gourou allumé lui met des œillères. Il se retranche derrière son autorité de Supérieur général qu’il brandit en cherchant à faire croire et voir qu’il est seul apte à décider des destinées de la Fraternité, comme s’il pouvait tout faire et défaire à sa guise. Sa conception de l’autorité n’est ni catholique, ni thomiste ; elle est païenne et volontariste. Il se croit capable d’exercer le pouvoir au mépris du bien et de la vérité. Or, toute autorité se pervertit et se dénature (se délégitime) si elle s’exerce contre la justice et la vérité pour le service desquelles elle fut instituée.

C’est Mgr Fellay qui crée de toutes pièces une vile et inadmissible dialectique entre la vérité et l’autorité, entre la foi et l’autorité, alors que le mieux qu’il lui resterait à faire serait de démissionner pour s’être montré abusif et inepte, incapable de gouverner ses subordonnées dans le sens de la mission que Monseigneur Lefebvre avait assignée à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, conçue par lui comme un bastion de la Foi et de la Tradition catholiques, ainsi que du combat contre les modernistes qui occupent Rome.

À en croire ce que Mgr Fellay nous dit à présent, avec Benoît XVI, les choses auraient changé, et l’on constaterait une évolution favorable à la foi et à la tradition :

« En soi, la solution de la Prélature personnelle proposée n'est pas un piège. Cela ressort tout d'abord de ce que la situation présente en avril 2012 est bien différente de celle de 1988. Prétendre que rien n'a changé est une erreur historique. Les mêmes maux font souffrir l'Église, les conséquences sont encore plus graves et manifestes qu'alors ; mais en même temps on peut constater un changement d'attitude dans l'Église, aidé par les gestes et actes de Benoît XVI envers la Tradition. Ce mouvement nouveau, né il y a au moins une dizaine d'années, va se renforçant. » (Réponse de Mgr Fellay aux trois Évêques du 14 avril 2012).

C’est absurde et illogique. Cela émane d’un aveugle obstiné qui nous prend tous pour des imbéciles complaisants et ne se rend pas compte qu’il cède à l’erreur que Monseigneur Lefebvre a dénoncée en son temps dans une lettre à Jean Madiran : « Nous ne pouvons plus, sans manquer gravement à la vérité et à la charité, donner à entendre à ceux qui nous écoutent ou qui nous lisent que le pape est intouchable, qu’il est plein de désirs de revenir à la Tradition et que c'est son entourage qui est coupable… » (Lettre du 29 janvier 1986).

Monseigneur Fellay ne peut nier l’autorité théologique de ses trois frères dans l’épiscopat qui, en tant qu’évêques, sont les successeurs des Apôtres, c’est-à-dire les gardiens de la doctrine de la foi. Et il devrait tenir compte de cela qui a plus de poids que sa seule opinion.

Que Dieu l’éclaire de Sa divine grâce afin qu’il trouve en lui-même le courage et l’humilité nécessaires pour se rendre compte de ce qu’il s’apprête à faire en détruisant l’unique bastion de résistance que la Fraternité Saint-Pie X représente en tant qu’institution internationale, face à l’hérésie de la Rome apostate, de ces modernistes hérétiques que Monseigneur Lefebvre traitait d’antichrists en écrivant dans sa lettre du 29 août 1987 aux futurs évêques qu’il allait consacrer : « La Chaire de Pierre et les postes d'autorité de Rome sont occupés par des antichrists ».

 

Abbé Basilio Méramo
Bogotá, le 21 mai 2012