Béatification de l’éclipse du soleil

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            La béatification de Jean-Paul II, dont la devise était De Labore Solis (éclipse du soleil), signale d’une part l’éclipse de ce soleil qui symbolise la lumière du Christ et de Son Église sur le monde, lequel sombre dans la grande apostasie des nations des gentils qu’annoncent les Saintes Écritures, d’autre part l’effacement de l’obstacle (Katejon) constitué par l’empire de la vérité, que saint Pie X a évoqué en disant que le Christ viendrait une seconde fois (Parousie), lorsque la doctrine se serait corrompue et que la Vérité ne pourrait plus régner en ce monde : « Veillez, ô prêtres, à ce que, par votre faute, la doctrine de Jésus-Christ ne perde pas la parure de son intégrité. Conservez toujours la pureté et l’intégrité de la doctrine […] Lorsque cette doctrine ne pourra plus se garder incorruptible et que l’empire de la vérité ne sera plus possible en ce monde, alors le Fils de Dieu apparaîtra une seconde fois. Mais jusqu’à ce dernier jour, nous devons maintenir intact le dépôt sacré et répéter la glorieuse déclaration de saint Hilaire : “Mieux vaut mourir en ce siècle que corrompre la chasteté de la vérité” ». (Pie X, Jérôme Dal-Gal O.M. Conv. 1953, p. 107 et 108).

            Avec la béatification de Jean-Paul II, ce qui règne, c’est l’erreur, le mensonge et la confusion doctrinale et religieuse, à un point tel qu’on ne l’avait jamais vu et qu’on ne le reverra plus jamais (il s’agit de la grande tribulation dont parlent les prophéties sacrées). Cette béatification représente l’apothéose de la Synagogue de Satan dans l’Église, outragée dans sa virginité doctrinale et religieuse, c’est la béatification de la nouvelle Église postconciliaire, c’est-à-dire de la nouvelle et fausse religion mondiale, œcuméniste, gnostico-kabbalistique, c’est la béatification du modernisme et de la révolution antichrétienne universelle, c’est la béatification de la contre-Église de l’Antéchrist-pseudo-prophète, c’est la béatification du Mystère d’Iniquité, c’est la béatification de l’abomination de la désolation dans le Temple (l’Église), c’est le triomphe du judaïsme au sein de l’Église, la « gloire de l’olivier » (De Gloria Olivae, devise de Benoît XVI) ; c’est donc l’annonce de la réduction de la véritable Église à un petit troupeau (pusillus grex, Luc 12, 32) dispersé de par le monde, resté fidèle à la sacro-sainte Tradition apostolique et romaine. À La Salette, Notre Dame nous a appris que « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist ». Elle nous a révélé aussi que « l’Église sera éclipsée », que « le monde sera dans la consternation », car « Il est temps. Le soleil s'obscurcit; la foi seule vivra », « la vraie foi s'est éteinte, et la fausse lumière éclaire le monde », « ce sera le temps des ténèbres; l'Église aura une crise affreuse », « combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez ; car voici le Temps des temps, la Fin des fins ». (Aparición y Mensage de La Salette, José Luis de Urrutia S.J.)

            N’oublions pas la prophétie de saint Anselme, évêque de Sunium, en Grèce, qui date du treizième siècle (Vaticina illustrium virorum, Venise, 1605), car elle est en rapport avec Jean-Paul II, lequel a pour prénom Karol : « Malheur à toi, ville des sept collines. Quand la lettre K sera acclamée à l’intérieur de tes murailles, alors ta chute sera proche. Tes gouvernants seront détruits. Par tes crimes et tes blasphèmes, tu as irrité le Très-Haut ;  tu périras dans la déroute et le sang ». (cf. la brochure El Tiempo que se Aproxima – según las principales profecias, réimprimé en 1988, p. 32 ; éditeur : Publicaciones del Padre José de Urrutia, S.J., qui fut professeur à la faculté de droit canonique de Madrid.)

            De même, dans son commentaire de l’Apocalypse, le vénérable Holzhauser écrivit, au sujet de l’Église et de sa situation déplorable à la fin des temps apocalyptiques précédant la venue du Messie en gloire et en majesté :

            « § 3. De l'Antipape abominable et scélérat idolâtre qui déchirera l'Occident et fera adorer la première bête (XIII, 11-18).

            « XIII, 11 : “Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon”. Cette bête est un faux prophète qui annoncera le fils de perdition comme étant le Christ, […] tandis que le faux prophète s’élèvera, il prévaudra et dominera sur la terre ferme, qui est voisine des mers et sur laquelle s’exerce actuellement l’empire romain, lequel comprend en son sein les États de l’Église. “Elle avait deux cornes semblables à celles d’un agneau”, parce qu’il s’agira d’un chrétien apostat […]. Alors l’Église sera dispersée dans les lieux solitaires et déserts, dans les forêts et les montagnes, ainsi que dans les crevasses des rochers, car le pasteur aura été frappé, et les brebis auront été dispersées. Car ce sera comme au temps de la Passion de Notre Seigneur. Et il semble que c’est à cette ultime désolation que Notre Seigneur fait allusion lorsqu’Il dit dans Sa Passion (Matthieu, XXVI, 31) : “car il est écrit : je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées”. Par conséquent, l’Église latine sera déchirée, et à l’exception des élus, il y aura une défection totale de la Foi ». (Révélation du Passé et de l’Avenir, Interprétation de l’Apocalypse par le vénérable Barthélémy Holzhauser, vers 1650, p. 91.)

            À son tour, Monseigneur Lefebvre a dit très clairement – après avoir parlé avec le cardinal Ratzinger à Rome (ce pourquoi, du reste, l’on cache et méconnaît ceci aujourd’hui) – que Rome était tombée dans l’apostasie, que le concile Vatican II était schismatique, que les personnes qui occupaient Rome étaient des antichrists : « … du fait de cette déchristianisation, je pense que l’on peut dire que ces personnes qui occupent Rome aujourd’hui sont des anti-Christ. Je ne dis pas Antéchrist, je dis anti-Christ, comme le dit saint Jean. “Déjà, l’anti-Christ sévit de notre temps”, dit saint Jean dans sa première lettre[1]. L’anti-Christ, des anti-Christ. Ils sont anti-Christ, c’est sûr, absolument certain. » (Conférence spirituelle, Écône, 14 septembre 1987).

            Comme si cela ne suffisait pas, Monseigneur Lefebvre met le doigt également sur l’apostasie de la Rome moderniste : « Ce qui vous intéresse, c’est de connaître quelles sont mes impressions après l'entrevue que j'ai eue avec le Cardinal Ratzinger le 14 juillet dernier. Hélas, je dois dire que Rome a perdu la foi, mes chers amis. Rome est dans l’apostasie. Ce ne sont pas des paroles, ce ne sont pas des mots en l’air que je vous dis. C’est la vérité. Rome est dans l’apostasie. » (Conférence spirituelle, Écône, 14 septembre 1987).

            En ce qui concerne le concile Vatican II, Monseigneur Lefebvre a souligné qu’il s’agissait d’un concile schismatique correspondant à une nouvelle Église, ce dont très peu de gens tiennent compte aujourd’hui, pour ne pas dire personne : « Ce concile représente, tant aux yeux des autorités romaines qu’aux nôtres, une nouvelle Église, qu’ils appellent d’ailleurs l’“Église conciliaire”. Nous croyons pouvoir affirmer, en nous en tenant à la critique interne et externe de Vatican II, c’est-à-dire en analysant les textes et en étudiant les avenants et aboutissants de ce concile, que celui-ci, tournant le dos à la tradition et rompant avec l’Église du passé, est un concile schismatique. On juge l’arbre à ses fruits. » (Un Évêque parle, éd. Dominique Martin Morin, 1977, tome II, p. 97).

            Quant au cardinal Ratzinger, qui était à l’époque Préfet de la Congrégation de la Foi, Monseigneur Lefebvre affirma catégoriquement, peu avant de mourir, que c’était un hérétique : « Je vous invite à lire le dense article de fond de Si, si, No, no qui est sorti aujourd’hui sur le Cardinal Ratzinger, c’est épouvantable. J’ignore qui est l’auteur de l’article, puisqu’ils ne mettent jamais qu’un pseudonyme ; […] Il met en doute qu’il y ait un magistère qui soit permanent et définitif dans l’Église. Ce n’est pas possible. Il s’attaque à la racine même de l’enseignement de l’Église, de l’enseignement du magistère de l’Église. Il n’y a plus une vérité permanente dans l’Église, de vérités de Foi, de dogmes par conséquent ; c’en est fini des dogmes dans l’Église ; cela c’est radical. Evidemment ceci est hérétique, c’est tellement clair, c’est horrible, mais c’est comme ça. » (Conférence spirituelle, Écône, 8 et 9 février 1991). Le lecteur non averti voudra bien noter que ce fut là une des dernières conférences de Monseigneur Lefebvre, qui devait mourir le mois suivant, le 25 mars 1991).

            Tout cela nous amène à évoquer ce qu’avait déjà déclaré de façon quasi, voire tout à fait prophétique l’abbé Leonardo Castellani : « C’est le Mystère d’Iniquité, “l’abomination de la désolation” ; la partie charnelle de l’Église occultant, adultérant et même persécutant la vérité, c’est la Synagogue de Satan, et c’est pourquoi la partie fidèle de l’Église devra subir “les douleurs de l’enfantement”, […] » (Los Papeles de Benjamín Benavides, ed. Dictio, Buenos Aires, 1978, p. 226 et 227).

            « L’hérésie d’aujourd’hui, […] peut apparaître comme ne niant explicitement aucun dogme chrétien alors qu’elle les falsifie tous. Néanmoins, si l’on y regarde de près, on voit qu’elle va jusqu’à nier explicitement la seconde venue du Christ, de même que Sa royauté, Son messianisme et Sa divinité, c’est-à-dire rien de moins que le processus divin de l’Histoire. Et en niant la divinité du Christ, elle nie Dieu. On est là en présence d’un athéisme radical revêtu des formes de la religiosité. Elle a beau maintenir l’appareil extérieur et la phraséologie chrétienne, elle falsifie le christianisme en le transformant en une adoration de l’homme ; autrement dit, elle assied l’homme dans le temple de Dieu comme s’il était Dieu. Elle exalte l’homme comme si les forces de celui-ci étaient infinies, elle promet à l’homme d’accéder par ses propres forces au Royaume de Dieu et au Paradis sur terre. L’adoration de la Science, l’espérance dans le Progrès et l’effroyable religion de la démocratie ne sont qu’idolâtrie de l’homme, à savoir le fond satanique de toutes les hérésies, à l’état pur désormais. […] Cette religion n’a pas encore de nom, et quand elle en aura un, ce nom ne sera pas le sien ; ce jour-là, tous les chrétiens qui ne croient pas en la seconde venue du Christ se soumettront à elle. » (Cristo ¿vuelve o no vuelve?, ed. Dictio, Buenos Aires, 1976, p. 18).

            Pour enchaîner et compléter les idées, écoutons ce que Nicolás Gómez Dávila a dit de la démocratie : « La démocratie est une religion anthropothéiste. Son principe est une option de caractère religieux, un acte par lequel l’homme s’assimile à Dieu ». Voici d’autres passages de ses écrits qui en disent long, eux aussi, sur la parenté entre démocratie et gnose : « Les cosmogonies orphiques et les sectes gnostiques sont des anthropothéismes rétrospectifs, la religion démocratie moderne est un anthropothéisme futuriste. » ; ou encore : « La démocratie est athée, non parce qu’elle a constaté l’irréalité de Dieu, mais parce qu’elle a absolument besoin que Dieu n’existe pas dans la mesure où la conviction de la divinité de l’homme implique la négation de l’existence de Dieu. » Il démontre, enfin, la relation entre démocratie et progressisme : « L’idée du progrès est la théodicée de l’anthropothéisme futuriste, la théodicée du dieu qui s’éveille depuis l’insignifiance de l’abîme. » (Extrait de Textos I, Bogotá 1959).

            À ceux qui recherchent et attendent un éventuel triomphe avant la Parousie ou son équivalent (une hypothétique reconquête), nous tenons à rappeler charitablement ce dont notre cher abbé Castellani nous a déjà averti : « À l’époque actuelle, ce sera non pas l’Église, par un triomphe de l’esprit de l’Évangile, mais bien Satan, par le triomphe de l’esprit d’apostasie, qui réalisera une pacification totale (quoique perverse, apparente et brève) et englobera toutes les nations sous son règne ; car le Règne messianique du Christ sera précédé du règne apostatique de l’Antéchrist. » (Decíamos Ayer, ed. Sudestada, 1968, p. 27).

            On assiste, par conséquent, non au triomphe de l’Église, mais bien à celui de la contre-Église, au triomphe de la religion adultérée par la judaïsation et la « kabbalisation » opérées au sein de l’Église, qui apparaît comme étant une pseudo-Église. C’est ce que l’abbé Castellani nous montre dans le texte cité précédemment. Ne nous trompons pas de triomphe ! Car il n’est pas de moyen terme : si nous n’attendons pas le triomphe du Christ-Roi revenant en gloire et en majesté dans la Parousie, qui équivaudra au triomphe du Cœur Immaculé de Marie ou des Saints Cœurs, nous attendons le triomphe de l’esprit d’apostasie, ainsi qu’on peut le déduire du texte en question.

            Devant la béatification de Jean-Paul II, il n’y a vraiment qu’une chose à dire : elle représente la grande apostasie suscitée par le Malin, le châtiment que mérite un monde ayant renié le Christ sur l’autel de la mondialisation, qui procure la paix sur terre, mais une paix fausse et sacrilège, sans la Vérité et sans le Christ.

            C’est ainsi que s’entendent les paroles prophétiques et terrifiantes du Christ : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » (Lc. 18, 8) et « si ces jours n’étaient abrégés, nul ne s’échapperait » (Mt. 24, 22).

            Se taire, c’est être complice ; qui se tait consent, et qui consent accepte. C’est ce que soulignait déjà le pape Léon XIII en citant – pour les faire siennes – les paroles de son prédécesseur saint Félix III (483-492) : « Le jugement de Notre prédécesseur Félix III concernant cette question est très grave : “ne pas résister à l’erreur, c’est l’approuver ; ne pas défendre la vérité, c’est l’étouffer […] Qui cesse de s’opposer à un crime manifeste peut en être considéré comme secrètement complice”. » (Encyclique Inimica Vis, 8 décembre 1892).

            N’oublions pas, en outre, la grande exhortation apocalyptique par laquelle saint Paul nous demande de nous montrer vigilants et expectants, sans jamais céder au mal : « Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, et par son apparition et son règne, prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte, avec une entière patience et toujours en instruisant. Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine; mais ils se donneront une foule de docteurs, suivant leurs convoitises et avides de ce qui peut chatouiller les oreilles ; ils les fermeront à la vérité pour les ouvrir à des fables. Mais toi, sois circonspect en toutes choses, endure la souffrance, fais œuvre d’un prédicateur de l’Évangile, sois tout entier à ton ministère. » (II Tim. 4, 1-5).

            « Cela est, cela n’est pas. Ce qui se dit de plus vient du Malin » (Mt. 5, 37), car « tout ce qui ne vient pas de la foi est péché » (Rom. 14, 23) ; c’est pourquoi « le juste vivra par la foi » (Rom. 1, 17), sans « se conformer au siècle présent » (Rom. 12, 2) et toujours « en obéissant à la vérité » (I Pierre 1, 22). Et dans ces derniers temps apocalyptiques, « fermes dans la foi » (I Pierre, 5, 9), nous devons persévérer jusqu’à la Parousie, comme nous y exhorte l’Apôtre saint Jacques : « Prenez donc patience, mes frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur » (Jacques, 5, 7). C’est dans la Parousie que réside notre bienheureuse espérance, selon les Apôtres saint Pierre et saint Paul : « tournez toute votre espérance vers cette grâce qui vous sera apportée le jour où Jésus-Christ paraîtra » (Pierre, 1, 13). « … elle [la grâce de Dieu] nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et l’apparition glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ. » (Tite, 2, 13).

Abbé Basilio Méramo
Bogotá, 1er mai 2011

 

 


Statue de Jean-Paul II inaugurée à Rome près de la gare de Termini…

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[1] NdT : dans la traduction de cette épître par le chanoine Crampon, il est question uniquement de « l’antéchrist » (sans majuscule ni trait d’union).