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Une curieuse partie d’escrime

dans le FIDELITER de mai-juin 2009

Ami lecteur, lorsque vous avez ouvert le FIDELITER n° 189 de mai-juin 2009, vous ne vous attendiez certes pas à entrer malgré vous dans une curieuse partie d’escrime.

« Tiens, vous êtes-vous certainement dit en arrivant à la page 65, voilà qui m’intéresse… »

" En ayant ces rapports avec Rome, la Fraternité ne s’écarte-t-elle pas des paroles de Mgr Lefebvre après les sacres ?  "

« Ah… depuis le temps que cette question me tracasse, sans que j’ose en parler à l’Abbé ***, voilà enfin une réponse… »

Et vous vous êtes retrouvé le fleuret à la main, joutant naïvement avec un adversaire de taille, extrêmement habile et dangereusement pervers.

D’abord une longue citation de Monseigneur Lefebvre après les sacres, un rappel qui ne manquera pas de vous mettre en confiance… Mais voici déjà la première escarmouche !

" La Fraternité est autorisée à s’écarter des choix prudentiels de ses supérieurs passés, voire de son fondateur, dès lors qu’elle reste fidèle à sa mission, et donc à son antilibéralisme contre-révolutionnaire.  "

« Eh bien, avez-vous sans doute pensé en essuyant ce premier coup, je n’avais, jusque là, jamais entendu parler des sacres comme d’un « choix prudentiel ». Il me semble qu’à une certaine époque, on parlait plutôt d’ « opération-survie »… »

Mais vous n’avez pas le temps de riposter que déjà votre adversaire porte un coup plus direct :

" Mgr Lefebvre le savait bien, c’est pour cette raison qu’il dit « Je ne peux pas beaucoup parler d’avenir car le mien est derrière moi. Mais si je vis encore un peu… » Il parle de ce qu’il fera tant qu’il vivra et se garde bien d’engager et de lier ses successeurs.  "

« Ça alors ! mais, voyons, le texte du mandat apostolique du 30 juin 1988, pour ne citer que lui, expose la fidélité “aux saintes traditions reçues des Apôtres”, “l’esprit de modernisme” qui occupe les autorités de l’Église romaine depuis Vatican II et le grave devoir de transmettre la grâce épiscopale pour continuer les traditions de l’Église ».

Ami lecteur, vous allez peut-être vous demander si l’on n’a pas déjà renié l’idéal de Monseigneur Lefebvre (« Tradidi quod accepi »). Aussi l’adversaire, qui sait qu’il est allé un peu loin, va prendre lui-même l’initiative de vous laisser souffler un peu…

" « C’est moi qui poserai les conditions » disait Mgr Lefebvre. C’est ce que fait la Fraternité… "

Très bien ! Vous voilà presque rassuré. Mais aussitôt après :

" C’est elle (la Fraternité) qui a posé les préalables.  "

Bien sûr, ici on se dépêche d’ajouter une nouvelle citation de Monseigneur Lefebvre :

" « Je n’accepterai plus d’être dans la situation où nous nous sommes trouvés lors des colloques »  "

Faut-il vraiment se rassurer ? Pas pour longtemps :

" Ce en quoi la Fraternité s’est écartée, c’est que, là où Mgr Lefebvre préconisait un questionnement d’ordre doctrinal, vingt ans après la Fraternité a opté pour trois étapes.  "

Ami lecteur, ici vous auriez beaucoup à dire sur ces « trois étapes » qui, commençant par l’aspect disciplinaire pour les deux premières, rejettent la question doctrinale en troisième position, plaçant ainsi la Fraternité dans la situation de demandeur par rapport à la Rome conciliaire. Ce n’est pas ce que préconisait son fondateur après l’expérience douloureuse des discussions avec Rome de 1987 et le rejet du protocole signé le 5 mai 1988. Ce n’est pas ce qu’il a dit dans ses conférences, articles et entretiens accordés à des journaux au cours des trois dernières années de sa vie. Il avait compris que l’on ne pouvait pas se placer en situation de demandeur face à la Rome conciliaire « Je n’accepterai plus de me trouver dans la situation où nous nous sommes trouvés lors des colloques. C’est fini ».

Vous auriez beaucoup à dire mais, une fois de plus, on ne vous en laissera pas le temps. La partie doit s’achever, il faut en finir :

" En 1988 nous n’avions « pas la même façon de concevoir la réconciliation ». En 2009, il en est de même. Benoît XVI veut faire accepter le magistère conciliaire à la Fraternité, tandis que celle-ci veut le retour de Rome à la Tradition.  "

« Logique, penserez-vous, nous sommes en présence de la même personne – le Cardinal Ratzinger devenu Benoît XVI – qui n’a pas renoncé à ses conceptions conciliaires… Tiens, j’avoue que j’aimerais mieux jouer au fleuret avec lui, je crois que je serais moins déconcerté. Il ne change pas, lui… »

Gare à vous ! Faisant pendant à cette honnête affirmation, voici qu'arrive bientôt... un dangereux, un sournois « cependant »...

" Cependant deux choses sont à noter : d’un côté, l’acceptation des deux préalables par Benoît XVI et une attitude tellement intéressée à la Tradition que le pape a perdu la confiance de nombreux évêques, prêtres et fidèles ultra-modernistes… "

Ce « cependant »-là est un nouveau coup bas, un de ceux qui ne sont pas autorisés dans un jeu honorable ; il va tenter de vous faire admettre :

- l’acceptation des deux préalables (qui nous mettent précisément en état d’infériorité par rapport à la Rome moderniste),

- et une « attitude tellement intéressée à la Tradition … » …

« Non, ce n’est pas sérieux ! Que peut-on faire d’une “attitude ” ? Il nous faut des actes concrets, une renonciation officielle aux erreurs de Vatican II avant de rentrer en confiance ! »

Pauvre lecteur ! Au secours, on vous prend pour un imbécile !…

Les coups se font désormais de plus en précis, de plus en plus malhonnêtes :

" D’un autre côté, la lettre du 10 mars a le mérite de montrer la volonté qu’a Rome de ne pas envisager de solution canonique avant l’éclaircissement des conflits doctrinaux. Ce faisant, Rome libère la Fraternité d’une menace qui pesait sur elle, celle d’un accord rapide et imprudent.  "

« Va-t-on m’expliquer, enfin, pourquoi la Fraternité est libérée d’une menace ? Rien ne l’oblige, avec ou sans discussions doctrinales, à se jeter dans la gueule du loup ».

Mais ce n’est pas fini, pauvre lecteur !

" C’est un peu comme si le pape avait fait siennes les paroles de Monseigneur : tant que la question doctrinale n’est pas résolue, « pas de dialogue possible » en vue d’une reconnaissance canonique.  "

Cette fois, un coup direct vous a atteint au bras et le fleuret s’échappe de vos mains… L’attitude du pape, qui ne cache pas sa volonté de réintégrer la Fraternité dans l’Église conciliaire, mise en parallèle avec celle de Monseigneur Lefebvre, ce vaillant héraut de la Tradition catholique !…

Trop tard ! Vous voilà complètement désarmé, et votre adversaire impitoyable vous porte l’estocade finale :

" … obtenir que le centre de la catholicité réponde « oui » à la question que posait notre fondateur en son temps (« Est-ce que vous êtes pour le règne social de Notre-Seigneur ? »), c’est lui demander de croire. Or comme le dit saint Paul : « Comment croira-t-on en celui dont on n’a pas entendu parler ? »… Certains doivent être envoyés pour parler.  "

Lecteur, croyez-vous réellement que Benoît XVI n’a jamais entendu parler de la doctrine du Christ-Roi ?

Tandis que l’on vous emporte tout estourbi sur une civière, l’article se poursuit dans un délayage cotonneux, mais vous aurez encore le temps d’entendre cette conclusion :

" … la ligne de crête suivie par Mgr Lefebvre et par la Fraternité… "

« Non, pas un singulier, on aurait dû dire “Les lignes de crête” » penserez-vous peut-être avant d’être complètement anesthésié (et s’il y a deux lignes, il y a forcément deux crêtes, mon ami !)

Lecteur, lorsque vous vous réveillerez, ne croyez pas que vous avez seulement fait un mauvais rêve. Cette partie d’escrime n’était pas un jeu innocent et les blessures infligées à votre confiance sont bien réelles.

Ne vous laissez plus endormir ! Mais inutile d’aller, à la sortie de la messe, confier cette affaire à l’Abbé *** : il ne vous répondrait pas.