Abbé Philippe GUÉPIN
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Monsieur l’Abbé P. de La ROCQUE

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« Voulez-vous que je dise ? Il faut qu’enfin j’éclate,

Que je lève le masque et décharge ma rate ! »

(Molière, Les Femmes Savantes, acte II, scène 7)

Le 28 novembre 2009

Monsieur l’Abbé,

Le 23 novembre, nous nous sommes rencontrés au prieuré Saint-Louis. Je voulais en effet vous entretenir à propos d’un article paru dans l’Hermine de novembre 2009 (n. 24). Cet article, consacré à la mort de M. l’Abbé Bonneterre, fait état de l’implantation de la Tradition à Nantes, avec malheureusement beaucoup d’inexactitudes et d’affirmations calomnieuses. Je vous ai fait remarquer, en particulier ce passage : « Les fidèles se virent imposer deux prêtres expulsés de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X pour avoir persisté dans leur position sédévacantiste », ce qui est malhonnête puisque la vérité est tout autre. En effet, suite à mon renvoi de la FSSPX (en mars 1980) en raison de mon refus de citer le chef des modernistes au Canon de la Messe, plusieurs Associations Saint-Pie-V de France (seize, pour être exact) m’ont sollicité avec insistance, et ce fut particulièrement le cas de celle de Nantes, qui me suppliait de venir assurer la sainte Messe à la chapelle du Christ-Roi, en me précisant que nous étions en parfaite communion dans nos convictions doctrinales. Je ne me suis donc pas imposé – ni moi-même, ni M. l’Abbé Belmont – comme la FSSPX l’a fait en maintes circonstances… Souvenez-vous : La-Roche-sur-Yon, Chantonnay, Bordeaux, Tours, et Nantes où M. l’Abbé Aulagnier m’avait affirmé qu’il ferait fermer la chapelle du Christ-Roi avant la fin septembre 1980 ! Vous savez la suite : cela fait maintenant 30 années que j’assure mon ministère sacerdotal dans ce sanctuaire, malgré tous les dénigrements, étiquettes assassines et autres méchancetés dont vous m’avez accablé.

Vous avez répondu à ma demande, justifiée ci-dessus, que c’est ainsi que des fidèles avaient interprété les faits et que je n’aurai en conséquence aucun droit de réponse ! Vous manifestez par là votre refus d’entendre la vérité en vous drapant dans une suffisance et une arrogance fort déplaisantes.

Monsieur l’Abbé, vous me refusez ce droit de réponse, j’utilise donc le moyen de la lettre ouverte pour faire entendre la vérité et vous rappeler que le combat de la Tradition n’est pas l’exclusivité de la F. S. S. P. X., d’une part, et d’autre part, je veux vous dire notre inquiétude (le mot est faible), notre consternation, quant à votre « dialogue » avec le Vatican moderniste.

Il faut tout d’abord redire avec insistance que la résistance au modernisme fut, dans un premier temps, le fait de prêtres zélés : le R. P. Vinson, le R. P. Barbara, le R. P. Gaillard, le R. P. Calmel, le R. P. Guérard des Lauriers, M. l’Abbé Saffré, M. l’Abbé Mouraux, et combien d’autres qui ont achevé leur combat ici-bas sans compromission avec les modernistes qui occupent depuis 50 ans le siège de Pierre et nos églises. Parmi les vivants, la plupart des vieux prêtres ont adopté la même attitude que nous, au Canon de la sainte Messe, en refusant de citer le chef des modernistes. J’en veux pour preuve, le R. P. Baillif, M. l’Abbé Vérité, le R. P. Joachim, M. l’Abbé Schoonbroodt, le curé de Thal, M. l’Abbé Siegel et combien d’autres encore. Vous noterez que ces vieux prêtres ont connu l’Église en ordre, et, face à la révolution de Vatican II, ils n’ont pas hésité à refuser publiquement leur communion avec les faux pasteurs dénoncés par Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est à ces prêtres que nous devons la saine réaction catholique, face au fléau moderniste. La FSSPX. est arrivée plus tard (en 1971), avec Mgr Lefebvre, son fondateur, auquel nous devons, bien sûr, la sauvegarde et le maintien du sacerdoce catholique. C’est lui qui fut, en raison de son épiscopat, le fédérateur de toute la Tradition, jusqu’en août 1976. En effet, suite à son discours de Lille le 28 août 1976, à cause de son acceptation de démarches en vue d’une reconnaissance canonique par Paul VI, la division est entrée dans les rangs de la Tradition. Depuis cette date, tous ces combattants de la première heure ont été l’objet de brimades et d’attaques diverses de la F. S. S. P. X., en raison de leur refus de marcher dans cette voie consistant à chercher des accords avec la Rome moderniste. Nous constatons une sévérité implacable de la FSSPX. à leur égard, et dans le même temps, beaucoup d’indulgence, de complaisance envers les modernistes… Où est la charité de la vérité dans cette attitude lamentable ? Auriez-vous oublié les paroles de saint Pie X : « Les modernistes sont les pires ennemis de l’Église » ? Ils ne sont pas les représentants de Notre- Seigneur Jésus-Christ. La vérité c’est que nous sommes orphelins de Pape et d’Évêques. C’est un fait historique.

En fait, en conclusion, la résistance en dehors de la F. S. S. P. X. n’a pas droit à l’existence. J’en veux pour preuve les attaques ahurissantes dont notre École de la Providence fut l’objet. Votre prédécesseur a mis en garde des parents d’élèves : « Si vous inscrivez vos enfants à l’École de la Providence, vous vous mettez en état de péché mortel ! » [sic !] Jamais de tels propos n’ont été tenus à l’égard de parents d’élèves de votre prieuré qui mettent leurs enfants dans des écoles publiques sans Dieu !

Votre incohérence est stupéfiante. Si, en effet, notre attitude doctrinale est selon vous « le mal par excellence », comment se fait-il que vous m’ayez assisté à l’occasion de la messe solennelle de mariage de votre frère en la chapelle Notre-Dame-des-Dons, en décembre 1988 ? Vous étiez Sous-Diacre et l’abbé de Tanoüarn Diacre, toute honte bue, aux côtés d’un « sédévacantiste » ! En combien d’autres circonstances les prêtres de la FSSPX. ont-ils agi de même, faisant appel, quand cela les arrangeait, aux bons et loyaux services de ces prêtres fidèles qu’en temps ordinaires ils poursuivent de leur méchanceté, interdisant même aux fidèles de recourir à leur ministère ?

D’autre part, face à l’inquiétude que je vous ai exprimée lors de notre entretien, à propos de vos démarches au Vatican, vous m’avez répondu par un sourire protecteur et condescendant, m’assurant que je n’y entendais rien en discussions théologiques et qu’il n’y avait pas de craintes à avoir quant à un éventuel ralliement.

Souvenez-vous de ceux qui sont maintenant ralliés : MM. les Abbés Bisig, Coiffet, Ph. Laguérie, Aulagnier, de Tanoüarn, Dom Augustin, Dom Gérard, le R. P. de Blignières, et les autres… Ils ont commencé par discuter, pourparler, dialoguer, et ils ont abandonné le bon combat de la Foi.

M. l’Abbé, je maintiens que nos craintes sont fondées. J’en veux pour preuve votre lettre à « vos frères prêtres » où vous leur proposez de célébrer la Messe tridentine en langue vernaculaire selon l’édition du missel de 1965 (Paul VI), avec la possibilité de célébrer face au peuple, donnant comme justificatif « théologique » le fait d’« éviter ainsi de bousculer d’un coup les habitudes de vos paroissiens » [sic !]. Cela, M. l’Abbé, c’est contraire au témoignage de la Foi ! Vous ravalez le saint Sacrifice de la Messe, au niveau de la messe de Luther. C’est un scandale : vous en répondrez devant Dieu.

Souvenez-vous également comment vous avez répondu à mon objection : « Un pape assisté par le Saint-Esprit et jouissant de l’infaillibilité pontificale ne peut pas célébrer selon un rite qui n’est pas catholique. Or Benoît XVI célèbre habituellement et continuellement la messe de Luther ». Vous m’avez répondu par des circonvolutions théologiques byzantines qu’il était tout à fait possible à un Pape de célébrer cette messe (que vous-même vous refusez de célébrer, tout en osant affirmer que vous êtes en communion avec lui !). Sur un ton doctoral, vous m’avez expliqué qu’il pouvait y avoir séparation entre l’autorité et l’infaillibilité du souverain Pontife. Dans le même état d’esprit, un de vos confrères a écrit dans le bulletin du prieuré de Strasbourg (mai 2009) qu’en raison de la crise actuelle, « nous devons vivre en état de résistance habituelle à l’autorité légitime dans l’Église ». Cela, M. l’Abbé, c’est du protestantisme : Luther lui-même pourrait le signer, mais pas les saints de l’Église !

De nouveau, vous m’avez aussi sorti cet argument, sans consistance, du père de famille indigne. Vous savez parfaitement, M. l’Abbé, qu’il n’y a pas de rapport entre l’autorité naturelle d’un père de famille sur ses enfants et l’autorité surnaturelle du Pape. Ce sont deux domaines totalement différents. Vous profitez de la méconnaissance du sujet par un grand nombre de fidèles pour essayer de justifier votre attitude injustifiable, qui consiste à laisser croire que le Pape peut, tout compte fait, se tromper. Vous avancez comme argument, pour étayer vos affirmations, les mensonges diffusés par les ennemis de l’Église, et en particulier les protestants et les libéraux du XIXe siècle qui contestaient l’infaillibilité pontificale. Vous dites, entre autres, que S. Pierre a défailli en reniant son Maître, vous gardant bien de préciser qu’à ce moment-là il n’était pas Pape. Vous affirmez également que le pape Libère a excommunié saint Athanase, ce qui est faux : de nombreux historiens l’ont démontré (Histoire de l’Église de Darras, tome IX, page 512). Et vous vous gardez bien de préciser que ce saint pape Libère a été canonisé par l’Église. Vous avancez de même la question du pape Honorius dont on affirme gratuitement qu’il est tombé dans l’hérésie, alors que son successeur le pape Jean IV l’a lavé de tout soupçon d’hérésie (D. T. C. au mot Honorius, col. 108).

Cessez, je vous prie, de diffuser ce genre de calembredaines qui ajoutent à la confusion des esprits face au drame que constitue cette privation d’autorité légitime dans l’Église, situation violente que nous n’avons pas créée, mais que nous subissons, vous comme nous.

Que faites-vous de l’enseignement de la sainte Église catholique, qui affirme : « L’obéissance au souverain Pontife est nécessaire au salut » ? Souvenez-vous des propos tenus par Mgr Tissier de Mallerais dans sa conférence publique à la Mutualité (le 11 novembre 2007), taxant de moderniste pertinax Ratzinger. Il faisait écho à votre fondateur Mgr Lefebvre qui enseignait à ses séminaristes que ce Ratzinger est un « moderniste doctrinaire ».

Votre attitude à notre égard prouve, s’il en était besoin, qu’il vous est nécessaire de caricaturer notre combat doctrinal, de nous présenter comme étant le « mal absolu » dans la Tradition, pour pouvoir justifier face aux fidèles vos incohérences, vos à peu près et votre théologie de circonstance. Il faut que cessent vos affirmations gratuites, selon lesquelles les prêtres qui refusent de citer au Canon de la Messe le chef des modernistes – précisément pour ne pas faire allégeance à cette pseudo-autorité – posent un acte schismatique et affirment, selon vous, qu’il n’y a plus d’Église (votre affirmation sous-entend d’ailleurs qu’il n’y a plus d’Église chaque fois que le Siège est vacant suite à la mort du Pape). N’oubliez pas qu’un grand nombre de prêtres fidèles et zélés dans le combat de la Foi (dont ceux cités ci-dessus) ont adopté cette attitude doctrinale et ont refusé de souiller le très saint Sacrifice de la Messe en le célébrant en communion avec un moderniste. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet, mais il me faut conclure. J’affirme de nouveau, avec insistance, mon inquiétude fondée quant à l’issue de vos pourparlers avec le Vatican. Comment pouvez-vous rester fidèles à votre fondateur alors que celui-ci vous a mis en garde, maintes et maintes fois, contre « cette église conciliaire qui est une église schismatique parce qu’elle rompt avec l’Église catholique de toujours. Elle a ses nouveaux dogmes, son nouveau sacerdoce, ses nouvelles institutions, son nouveau culte, déjà condamnés par l’Église en maints documents officiels et définitifs (…) Cette église conciliaire est schismatique parce qu’elle a pris pour base de sa mise à jour des principes opposés à ceux de l’Église catholique (…) Cette église conciliaire n’est donc pas catholique. » (Mgr Lefebvre, 29 juillet 1976).

 Il y a de quoi frémir quand je vois le peu de cas que vous faites de la vérité et la notion complètement erronée que vous avez de l’obéissance au Pape, de son infaillibilité, et de notre Mère la sainte Église que vous persistez à confondre avec l’« église conciliaire ». Cela, M. l’Abbé, ce n’est pas de Dieu ! Loin de moi de juger de vos intentions, mais je puis affirmer que vous faites l’œuvre des ennemis de la sainte Église. Il était de mon devoir de vous le dire. Que Dieu vous ramène à un peu plus d’humilité dans l’usage de l’intelligence qu’Il vous a donnée.

Je prie pour vous au saint Autel.

Abbé Philippe Guépin

Copies à :   Mgr FELLAY
                   Mgr WILLIAMSON
                   M. l’Abbé de CACQUERAY